Une
enquête récente de la DSCR* dresse l’état
des lieux de l’accès à la conduite automobile
pour les personnes handicapées en France. Quelles conclusions
tirez-vous de cette enquête ?
Cette enquête, commandée dans chaque département
en janvier dernier par Marc Meunier, sous-directeur à
l’Éducation routière, présente un
bilan plutôt médiocre : une cinquantaine d’autoécoles
seulement disposent d’un véhicule adapté
à la conduite pour des personnes handicapées ;
1 200 à 1 500 permis, grand maximum, sont délivrés
à des personnes handicapées chaque année.
Ces résultats confirment ceux enregistrés en 2007
par la fondation Norauto, premier partenaire du Ceremh, dans
une étude similaire. Ces chiffres, rapportés aux
efforts consentis par nos voisins européens dans ce domaine,
montrent qu’un gros travail reste à faire. Et même
une fois le permis obtenu, l’accès à l’automobile
n’est pas acquis, ni automatique. Par exemple, la mise
au point du véhicule sur lequel j’ai repassé
mon permis il y a dix ans avait demandé quatre années
de travail avant son homologation. 500 000 cartes de stationnement
GIC (Grand infirme civil) ont été délivrées
en France à ce jour, or, nous ignorons combien de personnes
seraient tentées d’utiliser un véhicule
adapté, et il est aussi à craindre qu’un
certain nombre d’entre elles roulent sans permis, dans
des véhicules non homologués… Le
chantier semble énorme ?
Oui, mais je suis optimiste : la
loi du 11 février 2005, qui a pour but d’améliorer
l’insertion des personnes handicapées, prévoit,
par exemple, un remboursement pour l’aménagement
du véhicule. Le législateur a compris que la
mobilité est l’une des conditions de l’insertion.
La concertation sur la réforme du permis de conduire,
lancée en mai dernier suite à la publication
du rapport
de Dominique Lebrun, inspecteur général
de l’Équipement, et du préfet Mathieu,
est l’occasion de redéfinir les particularités
et les manques, et donc de rendre la conduite effective pour
les personnes handicapées.
Qu’est-ce que le Ceremh et quel est son but
?
Le but du Centre
de ressources et d’innovation mobilité et handicap
est de travailler à l’amélioration de
ce que j’appelle « l’automobilité
», c’est-à-dire la mobilité autonome
des personnes handicapées et des personnes fragilisées,
comme certaines personnes âgées, par exemple.
Cette mobilité passe aussi bien par le fauteuil roulant
que par la conduite d’une automobile ou l’accès
aux véhicules de transport en commun. L’idée
du Ceremh est venue de Philippe Denormandie, chirurgien orthopédiste
à l’hôpital Raymond-Poincaré de
Garches, et délégué au handicap à
l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP),
et de Claude Dumas, ergothérapeute à l’hôpital
de Garches également, et maintenant responsable du
service des aides techniques à l’Association
française contre les myopathies (AFM). Le projet a
d’ailleurs été porté par l’AFM
et Éric Monacelli, élu président du Ceremh,
enseignant à l’université de Versailles
- Saint-Quentin et chercheur au Laboratoire d’ingénierie
des systèmes de Versailles (LISV), spécialisé
dans la robotique. Outre la fondation Norauto, le Ceremh compte
parmi ses partenaires l’Association des paralysés
de France (APF), l’AFM, déjà citée,
ou encore l’Inrets, Institut national de recherche sur
les transports et leur sécurité. L’implantation
du Ceremh sur le site de Mov’eo, à Versailles-Satory,
est significative de notre rôle : Être une «
boîte à idées » proche du monde
de l’industrie de la mobilité. Je suis convaincu,
en effet, qu’il est possible de lancer une vraie filière
économique liée à l’automobilité.
Actuellement, en France, le chiffre d’affaires des adaptateurs
et des équipementiers automobiles pour le « monde
» du handicap est estimé à 50 millions
d’euros par an. Or, étant donné le nombre
de personnes handicapées sur notre territoire, ce chiffre
d’affaires pourrait atteindre 300 millions d’euros
par an au minimum…
Quelles actions le Ceremh a-t-il menées depuis
sa création ?
La création du Ceremh est récente, puisqu’elle
date du 20 décembre 2007. Une de nos premières
actions consiste à prêter à tous les centres
de rééducation et de réadaptation fonctionnelle
d’Ile-de-France le véhicule adapté que
nous venons de recevoir : un monospace Kia, équipé
d’une conduite par minimanche et de différents
capteurs qui permettront d’analyser le comportement
du conducteur handicapé. Nous prévoyons également
de mettre en œuvre une plate-forme de formation et d’information
destinée aux moniteurs d’auto-écoles.
Une montée en puissance progressive du Ceremh est prévue
avec la création, en 2009-2010, d’antennes régionales.
Que représente la conduite automobile pour
vous aujourd’hui ?
La mobilité gagnée grâce à ma voiture,
une Renault Espace que je conduis d’une main, à
l’aide d’un minimanche contrôlant accélération,
freinage et direction, a changé ma vie. Sans cette
voiture, je suis moins efficace, et c’est une des raisons
qui font que ce véhicule, que je conduis finalement
comme un fauteuil électrique, est aujourd’hui
pour moi un second bureau (à l’arrêt, bien
sûr), comme aujourd’hui pour cette interview !
*Direction de la Sécurité et de la Circulation
routières.
En savoir plus sur le Centre
de ressources et d’innovation mobilité et handicap
: http://www.ceremh.org
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Après des débuts en karting, Philippe Streiff
est lauréat en 1978 de l’école de pilotage
de Nogaro et vainqueur du Grand prix de France en Formule
renault. champion de France de F3 en 1981, champion de France
de F2 en 1982, et champion d’Europe de F2 en 1983, il
devient pilote de F1 à partir de 1984 dans les écuries
Renault, Ligier et Tyrrell. en 1989, il est victime d’un
grave accident lors des essais du Grand prix du brésil,
et il en ressort tétraplégique. sa reconversion
se fera à travers la création d’entreprises
: organisateur du Elf Masters de Karting à Bercy, fondateur
d’un centre de karting de loisir à Paris, il
participe également au développement d’un
minimanche, système de conduite pour handicapés
lourds, avec Jean-daniel Kempf, Matra et Renault. Conseiller
technique auprès du délégué interministériel
aux personnes handicapées lors de la rédaction
de la loi du 11 février 2005, il est conseiller technique
Insertion-Handicap auprès de la déléguée
interministérielle à la sécurité
routière depuis avril 2007, et président du
conseil scientifique et stratégique du Ceremh.
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