
Les chiffres restent toujours aussi préoccupants
[1]. Pour
la tranche d’âge 0-14 ans, les résultats
du bilan de l’année 2007 affichent une augmentation
de 25 % de tués. Cette catégorie est directement
concernée par le risque piéton et les garçons
victimes sont deux fois plus nombreux que les filles. Les
15-24 ans représentent, quant à eux, 13% de
la population française, mais 27% des tués sur
la route [2].
Période délicate de cet âge qui aime prendre
des risques ? Indéniablement, comme l’ont souligné
les chercheurs qui travaillent sur ce sujet depuis plusieurs
années. Mais le manque d’expérience est
également en cause et constitue un facteur de risques
important, la conduite requérant un ensemble très
divers de savoir-faire et savoir-être (cf. l’article
sur la matrice
GDE, Revue n°153).
Pourquoi un sur-risque chez les garçons ?
Le
sur-risque masculin, une constante chez les enfants et les
jeunes de 0 à 24 ans, a été au cœur
d’un colloque organisé en mai, à Poitiers,
par le pôle d’animation sécurité
routière Poitou-Charentes-Limousin. Yves Gervais, psychosociologue
et psychothérapeute pour adolescents au centre hospitalier
de Poitiers, et chargé de mission sécurité
routière (CMSR), a longuement réfléchi
sur ce thème. « Chez les adolescents qui
vont mal (ils représentent environ 10 %), les conduites
à risques sont répétitives et prennent
toujours le même objet, le risque routier, par exemple.
Pour l’adolescent en souffrance, la pensée est
difficile, voire douloureuse ; il se réfugie donc dans
l’«agir» pour ne pas penser. Les filles
vont retourner leur souffrance contre elles (troubles alimentaires,
dépression, tentatives de suicide), alors que les garçons
vont passer à l’acte en adoptant des conduites
à risques extrêmes qui se répètent
et que l’on peut qualifier de “conduites ordaliques”.
Cette notion – qui fait référence aux
ordalies du Moyen Âge, où le juge soumettait
le prévenu à une épreuve potentiellement
fatale dont l’issue était réputée
être le jugement de Dieu – a été
introduite par des psychologues il y a vingt-cinq ans. Chez
ces jeunes, les « conduites ordaliques »
relèvent d’une addiction aux conduites à
risques, qui leur procure de la jouissance et un sentiment
de toute puissance. La solution ? Un suivi de type psychothérapeutique.
Mais pour cela, il faut pouvoir dépister ces jeunes
de manière précoce.» Le Pr Marcelli, professeur
de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent
au CHU de Poitiers, a développé la notion de
« jeune accidenté récidiviste».
en travaillant avec les services d’urgences de Poitiers,
il s’est rendu compte que près de 30 % des jeunes
accidentés reviennent pour les mêmes raisons
dans les dix-huit mois… «La meilleure des préventions
serait, à mon sens, de former les équipes éducatives
au repérage des garçons et des filles en souffrance,
en partenariat avec les services hospitaliers de psychiatrie
pour adolescents», commente Yves Gervais.
> Statistiques
sur la mortalité des jeunes à télécharger
( 321 ko)
- Les habitudes festives
des jeunes
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Une récente étude, « Jeunes, sorties
et conduite », réalisée pour l’association
prévention routière et les assureurs de la FFSA,
montre que la consommation d’alcool est omniprésente
et élevée dans les soirées des 18-24
ans :
• près de 50 % des interviewés ont bu
au moins trois verres d’alcool lors de leur dernière
soirée.
• les jeunes fréquentent plusieurs endroits au
cours d’une même soirée, ce qui multiplie
les dangers de la route, d’autant que les distances
parcourues sont souvent importantes : les trois quarts des
soirées se déroulent dans deux lieux ou plus,
et près d’une personne sur quatre a effectué
plus de 50 km.
source : enquête
« Jeunes, sorties et conduite », menée
pour l’association prévention routière
et les assureurs de la FFSA par téléphone auprès
de 607 jeunes de 18 à 24 ans, août 2007.
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