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Loire-Atlantique : accidents mortels, comment accompagner les familles ?
   
Le dispositif «gendarme référent» a été mis en place en juillet 2007 dans la compagnie de gendarmerie de Nantes. Lors de sept accidents mortels de la circulation, il a permis aux familles d’être accueillies sur les lieux du drame par un interlocuteur unique formé spécialement et, dans les jours qui ont suivi, d’être écoutées, assistées dans leurs démarches et mises en relation avec des associations d’aide aux victimes.
 
Photo : le gendarme référentUne route coupée, des voitures enchevêtrées, des corps encore retenus par leurs ceintures. Dans la lueur des gyrophares, des uniformes bleus et des blouses blanches s’activent pour tenter de sauver des vies… Et dans la précipitation, des proches qui arrivent sur les lieux du choc. La plupart des accidents se déroulent à moins de 15 km du domicile des victimes. Avec le développement du téléphone portable, les nouvelles vont vite. Et la famille et les amis sont vite sur place. Il faut « gérer » leur présence et l’annonce du décès, en évitant d’ajouter d’autres traumatismes à une situation douloureuse. Ainsi est né le dispositif «gendarme référent» en vigueur actuellement dans le ressort de la compagnie de gendarmerie de Nantes, soit tout le nord de l’agglomération et 15 communes pour une population de 135 000 habitants.

À l’origine du projet : les observations des familles
Clairement identifié par un gilet fluorescent marqué «gendarmerie accueil familles», le référent a été spécialement formé pour appliquer un protocole d’accueil des proches. Interlocuteur unique, il est chargé de les orienter, de leur délivrer des informations utiles et de les assister dans les premières démarches. «Le gendarme référent est destiné à améliorer l’existant avec des éléments qui ont été validés par des psychologues», explique Philippe Bartolo, commandant de la compagnie de gendarmerie de Nantes, à l’initiative du projet. Après un DESS de sécurité des transports, celui-ci a fait son mémoire sur l’accueil des victimes de la route et a rencontré pour cela de nombreuses familles qui lui ont fait part d’observations précises. «Par exemple, sur place, les secours ont l’habitude de recouvrir les corps en attendant l’arrivée du médecin, seul habilité à constater le décès. Mais cela se fait avec le matériel disponible, c’est-à-dire une couverture de survie. Pour la famille, cela crée de l’incompréhension, une personne ne pouvant être morte si elle est sous une couverture de survie.»

Éviter les écueils
«Dans le même genre de maladresse, les objets personnels des victimes sont souvent rassemblés dans un sac-poubelle…» Avec le nouveau dispositif, des draps mortuaires sont mis à disposition pour couvrir le ou les corps et des réceptacles plus dignes ont été créés pour remettre les effets personnels aux familles. Et puis, il y a l’attente et le manque d’informations, insupportables après l’annonce du décès. «Lors de la mort d’une jeune fille de 18 ans, un samedi à 3 heures du matin, la famille n’a pu savoir avant le lendemain 15 heures dans quel hôpital était le corps de leur fille», se souvient Claude Chabot, président de l’association de la Loire-Atlantique de la Ligue contre la violence routière, partenaire de l’opération.

Une formation spécifique pour les gendarmes
Pour l’instant, 28 gendarmes référents ont été formés. La formation, menée par le Dr Ronan Orio, médecin psychiatre hospitalier, a été particulièrement étudiée. Il est notamment intervenu pour la mise en place de jeux de rôle dans lesquels les gendarmes devaient se mettre dans la peau de celui ou celle qui reçoit la mauvaise nouvelle. Les gendarmes rencontrent également des familles de victimes et les représentants d’associations afin de trouver la bonne attitude à adopter. Ils ont vite été convaincus du bien-fondé des demandes des proches, souvent mal prises en compte. Par exemple, le secret de l’instruction ne doit pas empêcher de laisser filtrer des informations sur l’accident. «Il y a quand même un minimum à dire, et sans entrer dans le jeu des responsabilités, les gendarmes peuvent donner les grandes lignes du déroulement de l’accident, dire qu’une enquête est en cours, qu’un expert a été nommé», précise Me Anne Lombard, avocate de l’association Jennifer, Mélanie et les autres.

Une approche humaine au cœur d’un drame
De même, la loi impose que la famille soit avertie. Généralement elle l’est par le maire ou son adjoint. Dans les grandes villes, cela se traduit trop souvent par un coup de téléphone, mais la visite à domicile reste préférable. À Legé (44), l’association Jennifer, Mélanie et les autres organise une permanence. À n’importe quelle heure, des bénévoles se tiennent prêts à accompagner les élus et les gendarmes chez les familles. Car l’objectif du dispositif gendarme référent est aussi de fluidifier et de mettre en contact les gens plus facilement. «Parfois, les familles sont tellement déboussolées qu’elles n’osent même pas appeler une association. Nous avons obtenu que le gendarme référent puisse nous appeler directement à la place de la famille, avec son accord, pour faciliter le premier pas», explique Camille Dormegnies, coordinatrice à l’association départementale d’aide aux victimes d’infraction Adavi 44. Le dispositif n’entraîne donc pas de bouleversements, mais un changement d’attitude en faveur des familles de victimes. Selon le Dr Orio, «on ne demande pas aux gendarmes de faire de la psychologie ; ce sont des hommes de terrain et des enquêteurs. Nous avons une démarche d’empathie, d’accompagnement dans la compassion, tout en étant très concrets et en apportant des informations précises.»

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  • 3 questions au Commandant Philippe Bartolo, initiateur du dispositif « gendarme référent »

Sur quelles bases repose le dispositif ?
C’est un protocole signé le 1er juillet 2007 entre la préfecture de la Loire-Atlantique, la gendarmerie, le SDIS, le CHU de Nantes et trois associations. Il a déjà été renouvelé et a permis de donner les moyens humains et matériels à cette opération. la préfecture de la Loire-Atlantique fournit par exemple les téléphones qui permettent de joindre les gendarmes référents en permanence.

Quel est le rôle des associations ?
Elles ont soutenu le projet et ont aidé à faire le constat initial. elles sont intervenues dans la formation des gendarmes avec, notamment, des psychologues en complément du dr Orio. et elles aident les familles pour les démarches juridiques et le soutien psychologique.

Le «gendarme référent» va-t-il être étendu à d’autres secteurs ?
La prochaine étape qui est évoquée, c’est l’élargissement à tout le département de la Loire-Atlantique. la formation de 140 gendarmes référents est à l’étude. pourquoi aussi ne pas élargir cet accueil aux familles de victimes d’accidents de la vie ? C’est une problématique identique, la relation humaine reste sensiblement la même.

> Pour en savoir plus : philippe.bartolo (at ) orange.fr


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