Une
route coupée, des voitures enchevêtrées,
des corps encore retenus par leurs ceintures. Dans la lueur
des gyrophares, des uniformes bleus et des blouses blanches
s’activent pour tenter de sauver des vies… Et dans
la précipitation, des proches qui arrivent sur les lieux
du choc. La plupart des accidents se déroulent à
moins de 15 km du domicile des victimes. Avec le développement
du téléphone portable, les nouvelles vont vite.
Et la famille et les amis sont vite sur place. Il faut «
gérer » leur présence et l’annonce
du décès, en évitant d’ajouter d’autres
traumatismes à une situation douloureuse. Ainsi est né
le dispositif «gendarme référent»
en vigueur actuellement dans le ressort de la compagnie de gendarmerie
de Nantes, soit tout le nord de l’agglomération
et 15 communes pour une population de 135 000 habitants.
À l’origine du projet : les observations
des familles
Clairement identifié par un gilet fluorescent marqué
«gendarmerie accueil familles», le référent
a été spécialement formé pour
appliquer un protocole d’accueil des proches. Interlocuteur
unique, il est chargé de les orienter, de leur délivrer
des informations utiles et de les assister dans les premières
démarches. «Le gendarme référent
est destiné à améliorer l’existant
avec des éléments qui ont été
validés par des psychologues», explique Philippe
Bartolo, commandant de la compagnie de gendarmerie de Nantes,
à l’initiative du projet. Après un DESS
de sécurité des transports, celui-ci a fait
son mémoire sur l’accueil des victimes de la
route et a rencontré pour cela de nombreuses familles
qui lui ont fait part d’observations précises.
«Par exemple, sur place, les secours ont l’habitude
de recouvrir les corps en attendant l’arrivée
du médecin, seul habilité à constater
le décès. Mais cela se fait avec le matériel
disponible, c’est-à-dire une couverture de survie.
Pour la famille, cela crée de l’incompréhension,
une personne ne pouvant être morte si elle est sous
une couverture de survie.»
Éviter les écueils
«Dans le même genre de maladresse, les objets
personnels des victimes sont souvent rassemblés dans
un sac-poubelle…» Avec le nouveau dispositif,
des draps mortuaires sont mis à disposition pour couvrir
le ou les corps et des réceptacles plus dignes ont
été créés pour remettre les effets
personnels aux familles. Et puis, il y a l’attente et
le manque d’informations, insupportables après
l’annonce du décès. «Lors de la
mort d’une jeune fille de 18 ans, un samedi à
3 heures du matin, la famille n’a pu savoir avant le
lendemain 15 heures dans quel hôpital était le
corps de leur fille», se souvient Claude Chabot, président
de l’association de la Loire-Atlantique de la Ligue
contre la violence routière, partenaire de l’opération.
Une formation spécifique pour les gendarmes
Pour l’instant, 28 gendarmes référents
ont été formés. La formation, menée
par le Dr Ronan Orio, médecin psychiatre hospitalier,
a été particulièrement étudiée.
Il est notamment intervenu pour la mise en place de jeux de
rôle dans lesquels les gendarmes devaient se mettre
dans la peau de celui ou celle qui reçoit la mauvaise
nouvelle. Les gendarmes rencontrent également des familles
de victimes et les représentants d’associations
afin de trouver la bonne attitude à adopter. Ils ont
vite été convaincus du bien-fondé des
demandes des proches, souvent mal prises en compte. Par exemple,
le secret de l’instruction ne doit pas empêcher
de laisser filtrer des informations sur l’accident.
«Il y a quand même un minimum à dire, et
sans entrer dans le jeu des responsabilités, les gendarmes
peuvent donner les grandes lignes du déroulement de
l’accident, dire qu’une enquête est en cours,
qu’un expert a été nommé»,
précise Me Anne Lombard, avocate de l’association
Jennifer, Mélanie et les autres.
Une approche humaine au cœur d’un drame
De même, la loi impose que la famille soit avertie.
Généralement elle l’est par le maire ou
son adjoint. Dans les grandes villes, cela se traduit trop
souvent par un coup de téléphone, mais la visite
à domicile reste préférable. À
Legé (44), l’association Jennifer, Mélanie
et les autres organise une permanence. À n’importe
quelle heure, des bénévoles se tiennent prêts
à accompagner les élus et les gendarmes chez
les familles. Car l’objectif du dispositif gendarme
référent est aussi de fluidifier et de mettre
en contact les gens plus facilement. «Parfois, les familles
sont tellement déboussolées qu’elles n’osent
même pas appeler une association. Nous avons obtenu
que le gendarme référent puisse nous appeler
directement à la place de la famille, avec son accord,
pour faciliter le premier pas», explique Camille Dormegnies,
coordinatrice à l’association départementale
d’aide aux victimes d’infraction Adavi 44. Le
dispositif n’entraîne donc pas de bouleversements,
mais un changement d’attitude en faveur des familles
de victimes. Selon le Dr Orio, «on ne demande pas aux
gendarmes de faire de la psychologie ; ce sont des hommes
de terrain et des enquêteurs. Nous avons une démarche
d’empathie, d’accompagnement dans la compassion,
tout en étant très concrets et en apportant
des informations précises.»
- 3 questions au Commandant
Philippe Bartolo, initiateur du dispositif «
gendarme référent »
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Sur quelles bases repose le dispositif ?
C’est un protocole signé le 1er juillet 2007
entre la préfecture de la Loire-Atlantique, la gendarmerie,
le SDIS, le CHU de Nantes et trois associations. Il a déjà
été renouvelé et a permis de donner les
moyens humains et matériels à cette opération.
la préfecture de la Loire-Atlantique fournit par exemple
les téléphones qui permettent de joindre les
gendarmes référents en permanence.
Quel est le rôle des associations ?
Elles ont soutenu le projet et ont aidé à faire
le constat initial. elles sont intervenues dans la formation
des gendarmes avec, notamment, des psychologues en complément
du dr Orio. et elles aident les familles pour les démarches
juridiques et le soutien psychologique.
Le «gendarme référent»
va-t-il être étendu à d’autres secteurs
?
La prochaine étape qui est évoquée, c’est
l’élargissement à tout le département
de la Loire-Atlantique. la formation de 140 gendarmes référents
est à l’étude. pourquoi aussi ne pas élargir
cet accueil aux familles de victimes d’accidents de
la vie ? C’est une problématique identique, la
relation humaine reste sensiblement la même.
> Pour en savoir plus : philippe.bartolo
(at ) orange.fr
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