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Accueil  > La revue "Sécurité Routière"  > n° 156 > Formation à la conduite : échange de bonnes pratiques avec nos voisins européens

Événement
Formation à la conduite : échange de bonnes pratiques avec nos voisins européens

À l’heure où s’ouvre, en France, le grand chantier visant à réformer en profondeur la formation à la conduite, le séminaire européen qui s’est déroulé le 28 mars a apporté un éclairage riche et original sur les pratiques éducatives innovantes en Europe.



Les représentants de six pays européens – Finlande, Norvège, Suède, Autriche, Allemagne, Suisse –, ainsi que le Québec, ont présenté tour à tour leur expérience à l’occasion du séminaire européen organisé en partenariat avec l’Inrets, l’Inserr et le Predit [1]. Tous, selon des méthodes qui reposent sur le concept de la « matrice GDE extrait du rapport Gadget [voir le numéro 153],», ont commencé à appliquer cette démarche. De toute évidence, la mise en œuvre n’est pas toujours simple. Elle se heurte souvent à des problèmes d’organisation, mais aussi de coûts, voire d’incompréhension de l’opinion publique ou des politiques. Mais, là où elle a démarré, elle donne déjà des résultats positifs. En France, la réflexion est actuellement en cours sur les modalités d’un accompagnement du conducteur, juste après l’obtention du permis. De ce point de vue, l’exemple des pays voisins est précieux. Longtemps, on a cru que la conduite automobile était un acte simple, facile, qui ne requérait pas de grandes aptitudes. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Comme l’a souligné Claude Gilbert, qui préside le groupe no 3 du Predit sur les nouvelles connaissances pour la sécurité, « c’est un acte complexe, qui fait appel à de nombreux sens et facultés intellectuelles ». C’est tellement vrai, que malgré des heures d’apprentissage avec des moniteurs, les conducteurs novices restent surexposés au risque d’accident. Et cette surexposition des jeunes n’a pas bougé depuis trente ans : « Il faut repenser tout notre système de formation », a affirmé avec force Cécile Petit, déléguée interministérielle à la Sécurité routière. La plupart des pays industrialisés sont arrivés aux mêmes conclusions et en ont tiré les mêmes conséquences : pour lutter contre l’accidentalité des jeunes sur la route, il faut impérativement renforcer la formation des conducteurs. Et surtout, l’envisager autrement que par la simple acquisition d’habiletés manœuvrières et des règles de circulation, mais aussi par l’évaluation des comportements.

> Pour en savoir plus
www.inserr.org ou sabine.grancher (at) inserr.org
Les actes du séminaire seront disponibles à partir de juin 2008.

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  • Suède : les apprentis s’entraînent sur circuit

En France, l’entraînement sur circuit n’existe pas dans le cadre de la formation pour l’accès au permis de conduire B. les Suédois, eux, y ont recours systématiquement : cela permet aux apprentis de se familiariser à la conduite sur sol glacé – une situation très courante dans leur pays. « C’est même le seul apprentissage qui doit impérativement être effectué par des professionnels de la conduite », explique Niels-Petter Gregersen, de la Swedish National road administration. Ce module obligatoire de trois heures n’est pas une nouveauté dans la formation des jeunes conducteurs suédois, mais son concept pédagogique a évolué depuis peu : « Avant, les moniteurs insistaient beaucoup trop sur la technique et le contrôle du véhicule sur verglas. Aujourd’hui, leur stratégie consiste plutôt à faire comprendre aux élèves la difficulté à gérer ce type de situations et à éviter de s’exposer à de tels risques… » Pour y parvenir, le processus est aussi simple qu’efficace : l’apprenti arrive sur le circuit sans avoir reçu la moindre consigne ; le moniteur le laisse alors choisir sa vitesse et son style de conduite. lorsque les situations se présentent (plaques de verglas, obstacles, virages), si sa conduite est inadaptée, il s’aperçoit de ses erreurs et, peu à peu, finit par adopter de luimême le comportement qui convient.

> Pour en savoir plus : nils.petter.gregersen (at) ntf.se

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  • Suisse : responsabiliser les jeunes conducteurs

Chez nos voisins helvètes, à l’initiative du Bureau suisse de la prévention des accidents, la formation s’est enrichie d’une nouvelle phase, mise en œuvre par le gouvernement suisse depuis décembre 2005. Passées la formation initiale et la réussite à l’examen (théorique et pratique), l’apprenti est en effet titulaire d’un permis probatoire valable trois ans. Pour que ce permis devienne définitif à l’issue de ces trois années, non seulement il ne doit commettre aucune infraction grave (sinon, il repart de zéro), mais il est tenu de suivre deux journées de formation complémentaire avec évaluations à la clé. l’offre en matière de formation en deux phases est régie par les lois du marché (« libre concurrence ») : des organisateurs privés fournissent cette prestation. la première journée, conseillée dans les six mois suivant le permis, est conçue pour lui permettre de reconnaître les situations dangereuses. elle mêle des exercices sur piste (distances de freinage et de sécurité, vitesse, virages sur chaussée mouillée, etc.) et des discussions avec un instructeur (effet des substances psychoactives, etc.). la deuxième journée vise, elle, à aiguiser la capacité d’autoévaluation du jeune conducteur, à l’aider à améliorer son sens de la circulation et à développer des techniques d’une conduite respectueuse de l’environnement et des autres usagers. avec deux autres jeunes, il est mis cette fois en situation réelle de circulation. Chaque participant doit évaluer les autres sur la base d’une check-list remise par l’instructeur. la séance terminée, ce dernier anime les discussions, suscite commentaires et réflexions. « Et lorsque ce sont des pairs qui font des remarques sur la conduite de l’un ou de l’autre, cela a beaucoup plus d’impact que si c’est l’instructeur », souligne Vincent Moreno, responsable au service des automobiles du canton de Genève. les autorités ne relancent pas les apprentis : ceux qui « oublient » de suivre ces deux journées de formation complémentaire perdent leur permis au bout des trois années. « la responsabilisation du conducteur commence par là ! »

> Pour en savoir plus : vincent.moreno (at) etat.ge.ch

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  • Autriche : une évaluation l’année du permis

Pour lutter contre l’accidentalité des jeunes autrichiens, un nouveau système de formation a été mis en place depuis janvier 2003 : il consiste à vérifier les compétences des conducteurs dans l’année qui suit l’obtention du permis B ou A. Cette évaluation se fait en plusieurs étapes. la première dure deux heures : c’est un débat en groupe, avec un instructeur, sur les risques alcool, stupéfiants, vitesse, et autour du comportement social sur la route, etc. la seconde comporte une formation de six heures sur piste pour tester les distances de freinage et de sécurité, virages, obstacles, etc. objectif : démontrer qu’il est impossible de tout maîtriser, et faire en sorte que les jeunes conducteurs perdent un peu de cette surconfiance qui est source d’accidents. Cet épisode de terrain est complété par une nouvelle discussion de groupe de deux heures avec un psychologue, où chacun tente de faire l’analyse de ses forces et de ses faiblesses au volant. en 2006, le ministère des Transports autrichien a décidé d’évaluer cette mesure en termes d’accidents, d’attitudes et d’acceptabilité chez les jeunes conducteurs. S’il est encore un peu tôt pour avancer des résultats définitifs, il est d’ores et déjà acquis qu’une réduction importante des accidents a été enregistrée sur le groupe concerné. devant ces résultats positifs, l’autriche envisage d’ailleurs d’appliquer le même dispositif postpermis aux motocyclistes novices. une affaire à suivre.

> Pour en savoir plus : michael.gatscha (at) test-and-training.com

[1] Institut national de sécurité routière et de recherches, Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité, Programme national de recherche et d’innovation dans les transports terrestres

 

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