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Accueil  > La revue "Sécurité Routière"  > n° 153 > Un tribunal pas banal

Carrefour d'Expériences
Un tribunal pas banal
   
Des lycéens des Deux-Sèvres ont reconstitué et filmé les suites judiciaires d’un accident mortel de la circulation en mettant en scène un procès fictif au sein même du tribunal de grande instance. Cette action de sécurité routière intitulée "Un tribunal pas banal" s’est conclue à Niort le 22 juin.
 
Photo : Cette action de sécurité routiè re intitulée "Un tribunal pas banal" s’est conclue à Niort le 22 juinLa grande salle de réuniondu lycée Paul-Guérin de Niort est comble, tous les acteurs sont là pour la projection : le président du tribunal de grande instance, le juge d’instruction, les avocats, le sous-préfet, l’inspecteur d’académie, des professeurs et une centaine d’élèves de trois lycées et d’un centre de formation des apprentis… Acteurs ? Oui, tous ont joué un rôle dans cette action de sécurité routière intitulée "Un tribunal pas banal". Cette enquête sur un accident mortel de la circulation a débouché sur un procès fictif aux accents de vérité, où les rôles ont été tenus par les lycéens. Ce faux procès a pour but d’ouvrir les yeux de certains jeunes sur les vraies conséquences de leur comportement sur la route lorsqu’ils consomment de l’alcool ou des drogues. "Le tribunal pas banal est né de l’initiative d’un groupe de travail d’intervenants départementaux de sécurité routière (IDSR), explique Pierre Bonnicel, coordinateur sécurité routière. En reconstituant des actes d’incivisme liés à l’alcool et provoquant des décès ou des blessures graves, nous voulions faire passer le message de la Sécurité routière et amener à une prise de conscience des droits et des devoirs de chacun, dans la vie comme sur la route."

Le point de départ : un film
Le point de départ de l’opération est le film sur DVD Virée nocturne. Cette fiction choc de 20 minutes retrace la rencontre tragique de deux groupes de jeunes au petit matin d’une soirée festive sur une nationale. Au cours de scènes parfois brutales et choquantes, il montre l’ensemble du processus qui conduit à l’accident, puis la chaîne des secours dans son intégralité. C’est l’histoire de Pierre, le conducteur, qui a trop bu et a consommé du cannabis. Il se voit reprocher la mort de Jérémy, son ami, non-ceinturé, et de Céline, la conductrice de l’autre véhicule. Quant à Stéphane, également passager, il est tétraplégique après l’accident. À partir de cette trame, les lycéens des Deux-Sèvres ont planté leur propre décor, distribué les rôles et tenu le procès de ce drame.

Le procès reconstitué
Le 16 mai dernier, la grande salle d’honneur du tribunal de grande instance de Niort a une allure inhabituelle. Les visages juvéniles des lycéens de 16 à 18 ans, dont certains portent la robe noire des juges et d’autres celle des avocats, reflètent une gravité particulière. Pour plus de réalisme, l’audience est présidée par un vrai magistrat professionnel. Et il y a aussi le prévenu, Pierre, assis tout seul dans son box. Les victimes et les parties civiles prennent place sur les premiers bancs et suivent le déroulé du procès. Sur les conseils des professionnels, la reconstitution est fidèle, avec la comparution du prévenu, son interrogatoire, les témoignages des parties civiles, les réquisitions du procureur, les plaidoiries des avocats. Discrètement, la caméra des élèves filme les événements.

Un verdict en forme de prise de conscience
Le verdict tombe. Pierre écope de quatre ans de prison, dont trente mois de sursis avec mise à l’épreuve. Son permis de conduire est annulé, il a interdiction de le repasser avant cinq ans. Sa responsabilité est entière. Et comme il conduisait sous l’emprise de l’alcool et du cannabis, si les victimes sont, quant à elles, bien indemnisées, les dommages qu’il s’est causé à lui-même ne sont pas pris en charge par l’assurance. En attendant les expertises définitives nécessaires à la tenue de l’audience civile (prévue à l’automne), le tribunal le condamne à verser une provision de 145 000 euros et requiert la force publique pour procéder à son arrestation sur place et à son incarcération immédiate. Cette reconstitution aussi vraie que nature a eu beau être précédée de visites préparatoires et d’audiences à de vrais procès, dans la salle, l’émotion est forte. Entre fiction et réalité, une première prise de conscience a lieu. Sensibiliser et préparer les jeunes à une conduite citoyenne sur la route, voilà bien le but de ce « Tribunal pas banal » qui pourrait bien faire des émules. "Cette opération-test sera proposée dès l’année scolaire 2007 - 2008 aux établissements volontaires des Deux-Sèvres. Elle fait partie du plan d’action stratégique de l’État dans le département, coordonné par la DDE. Elle met en avant des valeurs éducatives et transversales, concernant plusieurs disciplines comme l’éducation civique ou les notions juridiques et sociales", conclut Daniel Brillaud, Inspecteur d’académie.

> Pour en savoir plus :Coordination sécurité routière Tél. : 05 49 06 88 80 E-mail : Csr.msr.dde-deux-sevres at equipement.gouv.fr

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  • Témoignages


Fabien, élève en seconde au lycée Jean-Macé

"Jouer le rôle du prévenu m’a fait réaliser que l’alcool consommé la veille se retrouvait encore dans le sang le lendemain matin. Comme je n’ai pas de scooter et que je me fais souvent raccompagner, cela ne me donne pas envie de repartir avec quelqu’un d’alcoolisé."

Juline, élève en seconde au lycée Venise verte
"Jouer le rôle de l’assesseur m’a donné une vision de la justice très différente de celle qui est diffusée par les séries américaines. Cela m’a aussi éclairé sur le risque de mourir ou de me retrouver dans un fauteuil roulant. Un petit dérapage peut avoir de grosses conséquences. On ne peut pas gâcher une vie pour une soirée."

Hervé Thomas, sous-préfet, chef de projet sécurité routière
"Dans les Deux-Sèvres, près de la moitié des tués en 2006 étaient conducteurs ou passagers de deux-roues. Ce "Tribunal pas banal" vise le public des jeunes, les plus concernés par ces accidents. Nous allons accentuer encore ce travail en direction des conducteurs de deux roues."

Jean-Pierre Ménabé, président du tribunal de grande instance de Niort
"La justice s’associe à cette action de sécurité routière, car les jeunes peuvent prendre conscience des risques pris pour eux-mêmes et pour les autres par non-respect ou méconnaissance du Code de la route."

Frédéric le Henaff, IDSR et référent sécurité routière au campus des métiers (centre de formation des apprentis)
"Notre établissement est particulièrement touché par les accidents. Depuis 2000, il y a eu 34 décès de jeunes inscrits au CFA à vocation régionale sur un effectif annuel de 1 800 inscrits. Il y a nécessité à être très réaliste, afin de frapper les esprits."

Mme Peugeot, professeur au lycée Paul-Guérin
"Les réactions ont été très partagées. Dans une classe, les élèves se sont insurgés contre le verdict jugé trop dur. Ils voulaient bien un coupable, mais pas de responsable. Une autre classe a estimé la sanction trop douce par rapport aux deux morts et au passager devenu tétraplégique."


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Élèves, professeurs, coordinateur sécurité routière, inspecteur d’académie… tous ont répondu présents à Niort (Deux-sèvres) pour la conférence de presse, bilan de l’action de sécurité routière intitulée "Un tribunal pas banal".

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