Vous
n’êtes pas un technicien de la sécurité
routière. Cela vous a-t-il permis d’avoir un regard
neuf sur le sujet ?
Nous sommes partis d’une approche classique qui fait reposer
la sécurité routière sur le triptyque véhicule
- usager - infrastructure… pour arriver à la conclusion
qu’il est temps de changer notre regard. Cela signifie
qu’il est temps de passer d’une logique "technique",
évidemment nécessaire, à une approche beaucoup
plus culturelle. C’est le cœur du problème
: pour progresser durablement, il faut que les comportements
individuels évoluent, que le respect des règles,
les notions de partage de la route et de solidarité entre
usagers se développent. La sécurité routière
relève de la citoyenneté et va bien au-delà
de l’usage que l’on peut faire de la route. Elle
touche au civisme, à la solidarité, au "vivre
ensemble"… et elle met naturellement en jeu l’éducation.
Est-ce pour cela que vous prônez l’apprentissage
du Code de la route à l’école ?
De nombreuses initiatives ont été prises en
matière de continuum éducatif par les associations
et par la délégation interministérielle
à la Sécurité routière. À
l’école, il y a eu des avancées, mais
elles restent insuffisantes. Même obligatoires, les
attestations scolaires de sécurité routière
(ASSR I et II) ne permettent pas toujours de bien aborder
le sujet : la qualité du traitement dépend encore
trop souvent de la motivation des enseignants. Or, tous n’ont
pas encore compris que la sécurité routière
est un outil formidable pour parler des comportements et de
la citoyenneté, et pour aborder des matières
plus techniques, telles que la physique ou les mathématiques.
Mais, bien sûr, nous n’oublions pas que dans le
domaine éducatif, il existe également d’autres
espaces essentiels, qui sont portés par le monde associatif,
les clubs sportifs, etc.
Vous revendiquez d’ailleurs un rôle plus
important en ce qui concerne les associations…
Nous souhaitons qu’au niveau des politiques nationales
et territoriales, les associations soient reconnues comme
des acteurs majeurs et complémentaires de l’État
et des collectivités. Il faut inventer une forme de
conventionnement entre elles et la puissance publique, de
façon à inscrire des partenariats dans la durée.
Bien entendu, pour éviter les effets d’aubaine,
on ne retiendrait que des associations parfaitement crédibles,
c’est-à-dire avec une histoire, un savoir-faire
et des champs bien délimités. Je pense, par
exemple, à la Prévention
routière ou encore aux antennes locales de "La
route des jeunes". Ces associations offrent un panel
de compétences qui peut apporter une valeur ajoutée
à l’action publique, et dont il serait dommage
de se priver.
Vous réclamez aussi des politiques locales
plus cohérentes.
L’État a développé une véritable
expertise en matière de sécurité routière,
mais les nouvelles instances de décision, nées
quant à elles de la décentralisation, n’ont
pas toujours ce niveau d’expertise. Elles vont devoir
faire appel à l’État. Il faudra donc créer
une structure très "lisible", regroupant
toutes les compétences actuellement dispersées.
Sa mission sera de coordonner les politiques territoriales
de sécurité routière, de diffuser les
bonnes pratiques, de faire connaître les normes et les
outils disponibles. Et de faire en sorte que tout cela s’inscrive
dans une dimension européenne.
Le diagnostic des infrastructures existantes ne risque-t-il
pas d’inquiéter les élus locaux ?
Avec la judiciarisation grandissante de notre société,
la responsabilité des collectivités en cas d’accident
se fera de toute façon. Autant regarder le risque en
face et le traiter. Il va falloir repérer les routes
et les lieux qui posent problème et faire que les collectivités
aient les moyens d’y remédier. C’est un
énorme chantier qui a un certain coût, mais qui
doit pouvoir s’appuyer sur la solidarité de l’État
et des fonds européens. La sécurité routière
est devenue un enjeu de société. La demande
des citoyens est de plus en plus pressante dans ce domaine
et les collectivités territoriales ne peuvent ignorer
ce dossier.
Bridage des moteurs, "boîte noire"
sur les voitures, mais aussi "zones 30", circulations
douces favorisées et instauration d’unités
de police spécialisées. Vos préconisations
ne sont-elles pas trop ambitieuses ?
Je précise que chaque proposition a été
soigneusement pesée et réfléchie, et
que ce rapport a été voté à la
quasi unanimité. Peut-on continuer longtemps à
maintenir certaines incohérences ? Par exemple, construire
et mettre en vente des véhicules qui affichent 260
km/h au compteur alors que la vitesse sur nos routes est limitée
à 130 km/h . Mais, bien sûr, ces propositions
doivent être discutées à l’échelon
international. Par ailleurs, peut-on feindre de ne pas voir
qu’en ville le tout-voiture n’est plus possible
? Pour répondre à la nécessité
d’une mobilité durable, nous devons aujourd’hui
raisonner en terme de partage de la route entre les usagers.
La sécurité routière doit intégrer
cette nouvelle dimension de responsabilité partagée,
donc changer de logique.
* 187 votes favorables, 2 abstentions, pour 189 votants.
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Vice-président de la section des questions
économiques régionales et de l’aménagement
du territoire au Conseil économique et social, Philippe
da Costa n’est certes pas un technicien de la sécurité
routière, mais sa formation de docteur en sciences
de l’éducation et son implication dans la vie
associative – il est vice-président du Scoutisme
mondial et directeur de la vie associative de la Croix rouge
française – lui ont permis de porter un regard
particulièrement aiguisé sur le sujet.
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Le Conseil économique et social (CES)
est une assemblée consultative composée de représentants
des organisations socioprofessionnelles, mutuelles, associations
familiales et de personnalités qualifiées dans
les domaines économique, social, scientifique, culturel,
ainsi que d’experts. Il conseille le Gouvernement et
participe à l'élaboration de la politique économique
et sociale, favorise le dialogue entre les catégories
socioprofessionnelles en élaborant des propositions
d'intérêt général et contribue
à l'information des assemblées politiques. Ses
avis, rapports et études sont transmis au Premier ministre
et adressés aux deux assemblées du Parlement
avant d’être publiés au Journal officiel.
Signalons qu’il avait déjà rédigé
deux
rapports sur la sécurité routière,
en 1968 et 1976.
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