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Accueil  > La revue "Sécurité Routière"  > n° 153 > Philippe Da Costa : "Passer d’une logique technique à une approche beaucoup plus culturelle"

Point de vue
Philippe Da Costa : "Passer d’une logique technique à une approche beaucoup plus culturelle"
   
   
Le conseil économique et social a adopté, le 13 juin 2007, par un avis quasi unanime*, le rapport "sécurité routière et circulation : la responsabilité des différents acteurs". Cet avis valide globalement la politique gouvernementale menée et ouvre de nouvelles perspectives nationales et européennes. après une analyse des problématiques liées à la sécurité routière, le conseil dresse une liste de propositions susceptibles de se rapprocher d’un objectif : faire de la sécurité routière une culture partagée par tous. rencontre avec son auteur, Philippe Da Costa.

Photo : Philippe Da CostaVous n’êtes pas un technicien de la sécurité routière. Cela vous a-t-il permis d’avoir un regard neuf sur le sujet ?
Nous sommes partis d’une approche classique qui fait reposer la sécurité routière sur le triptyque véhicule - usager - infrastructure… pour arriver à la conclusion qu’il est temps de changer notre regard. Cela signifie qu’il est temps de passer d’une logique "technique", évidemment nécessaire, à une approche beaucoup plus culturelle. C’est le cœur du problème : pour progresser durablement, il faut que les comportements individuels évoluent, que le respect des règles, les notions de partage de la route et de solidarité entre usagers se développent. La sécurité routière relève de la citoyenneté et va bien au-delà de l’usage que l’on peut faire de la route. Elle touche au civisme, à la solidarité, au "vivre ensemble"… et elle met naturellement en jeu l’éducation.

Est-ce pour cela que vous prônez l’apprentissage du Code de la route à l’école ?
De nombreuses initiatives ont été prises en matière de continuum éducatif par les associations et par la délégation interministérielle à la Sécurité routière. À l’école, il y a eu des avancées, mais elles restent insuffisantes. Même obligatoires, les attestations scolaires de sécurité routière (ASSR I et II) ne permettent pas toujours de bien aborder le sujet : la qualité du traitement dépend encore trop souvent de la motivation des enseignants. Or, tous n’ont pas encore compris que la sécurité routière est un outil formidable pour parler des comportements et de la citoyenneté, et pour aborder des matières plus techniques, telles que la physique ou les mathématiques. Mais, bien sûr, nous n’oublions pas que dans le domaine éducatif, il existe également d’autres espaces essentiels, qui sont portés par le monde associatif, les clubs sportifs, etc.

Vous revendiquez d’ailleurs un rôle plus important en ce qui concerne les associations…
Nous souhaitons qu’au niveau des politiques nationales et territoriales, les associations soient reconnues comme des acteurs majeurs et complémentaires de l’État et des collectivités. Il faut inventer une forme de conventionnement entre elles et la puissance publique, de façon à inscrire des partenariats dans la durée. Bien entendu, pour éviter les effets d’aubaine, on ne retiendrait que des associations parfaitement crédibles, c’est-à-dire avec une histoire, un savoir-faire et des champs bien délimités. Je pense, par exemple, à la Prévention routière ou encore aux antennes locales de "La route des jeunes". Ces associations offrent un panel de compétences qui peut apporter une valeur ajoutée à l’action publique, et dont il serait dommage de se priver.

Vous réclamez aussi des politiques locales plus cohérentes.
L’État a développé une véritable expertise en matière de sécurité routière, mais les nouvelles instances de décision, nées quant à elles de la décentralisation, n’ont pas toujours ce niveau d’expertise. Elles vont devoir faire appel à l’État. Il faudra donc créer une structure très "lisible", regroupant toutes les compétences actuellement dispersées. Sa mission sera de coordonner les politiques territoriales de sécurité routière, de diffuser les bonnes pratiques, de faire connaître les normes et les outils disponibles. Et de faire en sorte que tout cela s’inscrive dans une dimension européenne.

Le diagnostic des infrastructures existantes ne risque-t-il pas d’inquiéter les élus locaux ?
Avec la judiciarisation grandissante de notre société, la responsabilité des collectivités en cas d’accident se fera de toute façon. Autant regarder le risque en face et le traiter. Il va falloir repérer les routes et les lieux qui posent problème et faire que les collectivités aient les moyens d’y remédier. C’est un énorme chantier qui a un certain coût, mais qui doit pouvoir s’appuyer sur la solidarité de l’État et des fonds européens. La sécurité routière est devenue un enjeu de société. La demande des citoyens est de plus en plus pressante dans ce domaine et les collectivités territoriales ne peuvent ignorer ce dossier.

Bridage des moteurs, "boîte noire" sur les voitures, mais aussi "zones 30", circulations douces favorisées et instauration d’unités de police spécialisées. Vos préconisations ne sont-elles pas trop ambitieuses ?
Je précise que chaque proposition a été soigneusement pesée et réfléchie, et que ce rapport a été voté à la quasi unanimité. Peut-on continuer longtemps à maintenir certaines incohérences ? Par exemple, construire et mettre en vente des véhicules qui affichent 260 km/h au compteur alors que la vitesse sur nos routes est limitée à 130 km/h . Mais, bien sûr, ces propositions doivent être discutées à l’échelon international. Par ailleurs, peut-on feindre de ne pas voir qu’en ville le tout-voiture n’est plus possible ? Pour répondre à la nécessité d’une mobilité durable, nous devons aujourd’hui raisonner en terme de partage de la route entre les usagers. La sécurité routière doit intégrer cette nouvelle dimension de responsabilité partagée, donc changer de logique.

* 187 votes favorables, 2 abstentions, pour 189 votants.

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  • Parcours

Vice-président de la section des questions économiques régionales et de l’aménagement du territoire au Conseil économique et social, Philippe da Costa n’est certes pas un technicien de la sécurité routière, mais sa formation de docteur en sciences de l’éducation et son implication dans la vie associative – il est vice-président du Scoutisme mondial et directeur de la vie associative de la Croix rouge française – lui ont permis de porter un regard particulièrement aiguisé sur le sujet.

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  • Zoom sur le CES

Le Conseil économique et social (CES) est une assemblée consultative composée de représentants des organisations socioprofessionnelles, mutuelles, associations familiales et de personnalités qualifiées dans les domaines économique, social, scientifique, culturel, ainsi que d’experts. Il conseille le Gouvernement et participe à l'élaboration de la politique économique et sociale, favorise le dialogue entre les catégories socioprofessionnelles en élaborant des propositions d'intérêt général et contribue à l'information des assemblées politiques. Ses avis, rapports et études sont transmis au Premier ministre et adressés aux deux assemblées du Parlement avant d’être publiés au Journal officiel. Signalons qu’il avait déjà rédigé deux rapports sur la sécurité routière, en 1968 et 1976.


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