- Les explications de Jean
Pascal Assailly sur le contenu de la matrice
|
 |
• Le premier niveau, c’est celui
de la maîtrise des manœuvres, ce que nous apprenons
lors des 25 heures en auto-école, et qui nous permet
d’obtenir le "papier rose" (savoir démarrer,
freiner, accélérer, faire un créneau,
etc.). Pour conduire un véhicule de façon efficace,
les manœuvres fondamentales doivent être automatisées.
Si elles ne le sont pas, le maniement du véhicule demandera
une attention consciente et pèsera sur la capacité
limitée de traitement de l’information (c’est-à-dire
sur le deuxième niveau).
• Le deuxième niveau, c’est la compréhension
des scénarii routiers : le pare-brise est comme un
écran de cinéma, il y a des acteurs qui sont
en train d’agir, il faut prédire le comportement
d’autrui (surtout ses fautes) et se rendre prédictible
soi-même. Ce type de compréhension «probabiliste»
(tel acteur risque de faire telle chose) n’est pas acquis
au bout des 25 heures de formation initiale. Ceci suppose
de l’expérience, plusieurs milliers de kilomètres,
selon les individus.
• Le troisième niveau concerne non plus directement
la sécurité, mais la mobilité, les objectifs
de la conduite : pourquoi, où, avec qui, avec quel
véhicule et à quel moment on se déplace,
le rapport et la dépendance à la voiture...
Dans le contexte actuel de la recherche d’un développement
durable, ce niveau va prendre de plus en plus d’importance
dans l’avenir.
• Le quatrième niveau ne se situe plus du tout
sur la route; nous le désignons par celui des objectifs
existentiels, des projets de vie, du contrôle et de
l’estime de soi, des compétences psychosociales,
de la régulation des émotions. Par exemple,
un jeune conducteur très enthousiaste pour les voitures,
la conduite ou la vitesse et qui investit ces intérêts
comme une manière centrale de construire son identité
choisira aussi le contexte de conduite en fonction de son
orientation motivationnelle. Par exemple, la stratégie
pourrait être de maintenir une vitesse aussi élevée
que possible dans toutes les situations. La vitesse élevée
augmente alors l’exigence de traitement de l’information
avec le risque de surcharger la capacité de traitement
et, à terme, d’entraîner des erreurs de
jugement au deuxième niveau. Ceci mettra trop de pression
sur le premier niveau, les exigences de maniement du véhicule
augmentant également à vitesse élevée.
• La première colonne (Connaissances
et compétences) précise ce qu’un bon conducteur
doit savoir et être capable de faire à chaque
niveau de la matrice, afin de conduire un véhicule
et de faire face aux conditions de circulation normales.
• La deuxième colonne (Facteurs d’accroissement
du risque) est étroitement liée à la
première, mais elle met principalement l’accent
sur les connaissances et compétences relatives aux
facteurs qui accroissent ou diminuent le risque. Les risques
ici évoqués sont liés à certaines
situations de conduite de manière directe (par exemple
les effets du verglas et de la neige, ou l’usure des
pneumatiques), mais aussi indirecte (comme la pression sociale
ou le style de vie).
• La troisième colonne (Auto évaluation)
se rapporte à un processus par lequel un individu tente
d’obtenir par lui-même un retour sur ses actions
personnelles. Il s’agit de devenir ou de vouloir devenir
conscient de ses caractéristiques et de ses tendances
personnelles ainsi que des compétences et aptitudes
concernant le maniement du véhicule, le comportement
dans la circulation, la programmation du déplacement
et la vie en général. Bref, être capable
de percevoir de manière réaliste son propre
rôle pour gérer avec succès une situation
de conduite.
Conclusion : D’une certaine manière,
la matrice Œuf est une boîte à outils. La
tâche de conduite y est conceptualisée comme
un ensemble très divers de savoir-faire, qui sont employés
ou non, en fonction des motivations du conducteur; il faudra
donc un ensemble très divers de méthodes pédagogiques
pour l’améliorer. Néanmoins, si le travail
sur les motivations échoue à produire une stratégie
sécuritaire de conduite, aucune méthode pédagogique,
aucun entraînement ne seront assez bons pour compenser
ce manque d’orientation du sujet vers la sécurité.
> Télécharger
le tableau récapitulatif sur la matrice GDE ou l'ŒUF
|