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AccueilLa revue "Sécurité Routière"  > n° 153 > Education routière : Le point sur la matrice GDE ou Oeuf
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Le point sur la matrice GDE ou l'Oeuf

La matrice appélée GDE ou Oeuf (Objectifs de l’éducation de l’usager finalisés) permet de déterminer les compétences spécifiques nécessaires pour être un conducteur sûr. Interview et explications de Jean-Pascal Assailly, chercheur à l’Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité).

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  • 3 questions à Jean-Pascal Assailly, chercheur à l’Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité)

D’où vient la matrice GDE ?
La matrice GDE (Goals of Driver Education/Objectifs de l’éducation du conducteur) nous vient de Finlande, des travaux d’Esko Keskinen et Mika Hatakka sur un nouveau modèle théorique du comportement du conducteur. Elle a été introduite dans la recherche en sécurité routière en 1999 lors d’un travail de coopération européenne, le projet Gadget. En France, nous proposons de renommer cet acronyme en Œuf (Objectifs de l’éducation de l’usager finalisés), car il ne s’agit pas uniquement de conduite automobile, mais tout autant de l’éducation de l’usager de la route, au sens large. De plus, la proximité sémantique entre les concepts de matrice et d’œuf est heureuse, puisqu’il s’agit précisément de la gestation d’un nouveau concept de formation pour notre pays !

Quels en sont les grands principes ?
Le développement et l’application de la matrice reposent sur deux idées-forces :
• le comportement de conduite est un système cybernétique : les deux niveaux supérieurs du système, qui portent sur la motivation, mettent des pressions et des contraintes sur les deux niveaux inférieurs, qui concernent la performance (une rétroaction est donc possible);
• le continuum éducatif doit développer une maïeutique socratique, c’est-à-dire, le "connais toi toi-même" et améliorer la perception de soi en tant que conducteur.

Quel est son but ?
Cette hiérarchie du comportement de conduite à quatre niveaux a conduit, en 1999, les chercheurs français, finlandais, suédois et allemands [1] à la matrice GDE en 12 cases, dans laquelle les connaissances et les compétences, les facteurs d’accroissement du risque et les capacités d’auto évaluation sont mis en relation avec les quatre niveaux de la hiérarchie. On peut utiliser la matrice pour évaluer les méthodes d’éducation du conducteur, pour développer des idées et des recherches nouvelles tout au long du continuum éducatif, et enfin pour déterminer les compétences spécifiques nécessaires pour être un conducteur sûr ou un formateur compétent. Actuellement, la matrice est utilisée en Scandinavie, en Hollande et en Allemagne.

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  • Les explications de Jean Pascal Assailly sur le contenu de la matrice


Cliquez pour agrandir la matrice (PDF)Le premier niveau, c’est celui de la maîtrise des manœuvres, ce que nous apprenons lors des 25 heures en auto-école, et qui nous permet d’obtenir le "papier rose" (savoir démarrer, freiner, accélérer, faire un créneau, etc.). Pour conduire un véhicule de façon efficace, les manœuvres fondamentales doivent être automatisées. Si elles ne le sont pas, le maniement du véhicule demandera une attention consciente et pèsera sur la capacité limitée de traitement de l’information (c’est-à-dire sur le deuxième niveau).

• Le deuxième niveau, c’est la compréhension des scénarii routiers : le pare-brise est comme un écran de cinéma, il y a des acteurs qui sont en train d’agir, il faut prédire le comportement d’autrui (surtout ses fautes) et se rendre prédictible soi-même. Ce type de compréhension «probabiliste» (tel acteur risque de faire telle chose) n’est pas acquis au bout des 25 heures de formation initiale. Ceci suppose de l’expérience, plusieurs milliers de kilomètres, selon les individus.

• Le troisième niveau concerne non plus directement la sécurité, mais la mobilité, les objectifs de la conduite : pourquoi, où, avec qui, avec quel véhicule et à quel moment on se déplace, le rapport et la dépendance à la voiture... Dans le contexte actuel de la recherche d’un développement durable, ce niveau va prendre de plus en plus d’importance dans l’avenir.

• Le quatrième niveau ne se situe plus du tout sur la route; nous le désignons par celui des objectifs existentiels, des projets de vie, du contrôle et de l’estime de soi, des compétences psychosociales, de la régulation des émotions. Par exemple, un jeune conducteur très enthousiaste pour les voitures, la conduite ou la vitesse et qui investit ces intérêts comme une manière centrale de construire son identité choisira aussi le contexte de conduite en fonction de son orientation motivationnelle. Par exemple, la stratégie pourrait être de maintenir une vitesse aussi élevée que possible dans toutes les situations. La vitesse élevée augmente alors l’exigence de traitement de l’information avec le risque de surcharger la capacité de traitement et, à terme, d’entraîner des erreurs de jugement au deuxième niveau. Ceci mettra trop de pression sur le premier niveau, les exigences de maniement du véhicule augmentant également à vitesse élevée.

La première colonne (Connaissances et compétences) précise ce qu’un bon conducteur doit savoir et être capable de faire à chaque niveau de la matrice, afin de conduire un véhicule et de faire face aux conditions de circulation normales.

• La deuxième colonne (Facteurs d’accroissement du risque) est étroitement liée à la première, mais elle met principalement l’accent sur les connaissances et compétences relatives aux facteurs qui accroissent ou diminuent le risque. Les risques ici évoqués sont liés à certaines situations de conduite de manière directe (par exemple les effets du verglas et de la neige, ou l’usure des pneumatiques), mais aussi indirecte (comme la pression sociale ou le style de vie).

• La troisième colonne (Auto évaluation) se rapporte à un processus par lequel un individu tente d’obtenir par lui-même un retour sur ses actions personnelles. Il s’agit de devenir ou de vouloir devenir conscient de ses caractéristiques et de ses tendances personnelles ainsi que des compétences et aptitudes concernant le maniement du véhicule, le comportement dans la circulation, la programmation du déplacement et la vie en général. Bref, être capable de percevoir de manière réaliste son propre rôle pour gérer avec succès une situation de conduite.

Conclusion : D’une certaine manière, la matrice Œuf est une boîte à outils. La tâche de conduite y est conceptualisée comme un ensemble très divers de savoir-faire, qui sont employés ou non, en fonction des motivations du conducteur; il faudra donc un ensemble très divers de méthodes pédagogiques pour l’améliorer. Néanmoins, si le travail sur les motivations échoue à produire une stratégie sécuritaire de conduite, aucune méthode pédagogique, aucun entraînement ne seront assez bons pour compenser ce manque d’orientation du sujet vers la sécurité.

> Télécharger le tableau récapitulatif sur la matrice GDE ou l'ŒUF

[1] Du groupe de recherches qui a produit le rapport Gadget pour la Commission européenne.

 
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