"Attention,
ralentis, tourne à droite, arrête-toi à
gauche, n’oublie pas le clignotant, plus souple avec les
vitesses…" Pour un jeune, la conduite accompagnée
n’est pas une sinécure, surtout si l’accompagnateur
est stressé. "Avec mon patron, ça se passe
mieux, il est plus patient que mes parents. En plus, les semaines
où je suis dans l’entreprise, je peux rouler environ
200 kilomètres sur des parcours variés et faire
des manœuvres sur des terrains différents",
témoigne Jérémy Aubrée. Cet apprenti
peintre de 17 ans conduit depuis deux mois la camionnette de
son entreprise avec Didier Pétrel, son patron, installé
sur le siège passager. "La bonne surprise, c’est
que non seulement ça se passe bien pour Jérémy,
mais il apprend vite et gagne en maîtrise du véhicule
et en prudence. De plus, les situations de conduite sont variées,
entre le matin de bonne heure et le soir après une journée
de travail, ce qui est très formateur", ajoute Didier
Pétrel, artisan peintre, qui emploie, en plus de Jérémy,
deux autres salariés.
Une formule avantageuse
À voir leur satisfaction, la conduite accompagnée
n’offre que des avantages. Elle permet de responsabiliser
le futur conducteur face à la sécurité
routière et augmente ses possibilités d’obtenir
le permis de conduire. "Couvreur, maçon, menuisier,
peintre, carreleur, plombier… dans notre secteur les
métiers sont variés mais les contraintes de
travail similaires : on se déplace de chantier en chantier.
En plus de la compétence professionnelle validée
par un certificat d’aptitude professionnelle (CAP),
l’acquisition d’un permis de conduire assurant
l’autonomie est un atout pour obtenir un emploi",
précise Gabriel Desgrouas, président de la Confédération
de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment
(Capeb)
de l’Eure.
Une démarche volontaire et facile
À la confédération de l’Eure, on
insiste sur le caractère volontaire de la conduite
accompagnée. "Personne n’est contraint,
ni le jeune, ni le chef d’entreprise. S’ils sont
intéressés, les formalités sont très
simples", ajoute Patrick Lefeu, secrétaire général
de la Capeb de l’Eure. Le chef d’entreprise s’inscrit
comme tuteur de conduite accompagnée auprès
de l’auto-école et appelle son assurance pour
déclarer l’apprenti comme conducteur –
pour la plupart des assurances, c’est gratuit. Le jeune
doit quant à lui avoir plus de 16 ans, avoir pris au
minimum les 20 heures de leçons de conduite obligatoires
et réussi son épreuve théorique générale
(ETG, c’est-à-dire l’examen du Code de
la route).
Un contrat de motivation optionnel
"La Capeb de l’Eure incite les chefs d’entreprise,
les apprentis et leurs parents à signer, en plus des
démarches propres à la conduite accompagnée,
un contrat optionnel de motivation", ajoute Patrick Lefeu.
Ce contrat engage l’apprenti, élève conducteur,
à adopter un comportement exemplaire dans l’entreprise
et au centre de formation des apprentis (CFA) : ponctualité,
efficacité, respect des consignes. En échange,
le chef d’entreprise prend en charge tout ou partie
du coût du permis de conduire en ajoutant à la
rémunération du jeune un forfait correspondant
au coût des heures de conduite. "Financièrement,
cela me coûte 40 euros par mois, mais la confiance et
la motivation de Jérémy compensent plus que
largement ce léger surcoût", témoigne
Didier Pétrel. Après deux ans d’existence
et plus d’une quinzaine d’apprentis accompagnés,
le dispositif va être promu par la Capeb nationale auprès
de toutes les confédérations départementales.
- 3 questions à Gabriel
Desgrouas, président de la Capeb de l’Eure
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Quelle est l’origine de l’initiative de
la Capeb de l’Eure ?
En tant qu’organisation patronale, nous essayons d’apporter
des solutions aux problèmes concrets de nos adhérents.
Les idées viennent souvent des adhérents eux-mêmes.
Dans le cas de l’action sur la conduite accompagnée,
c’est un artisan peintre, Didier Pétrel, qui
a mis en évidence un paradoxe : il n’avait pas
de temps à passer en voiture avec ses propres enfants,
alors qu’il passait de nombreuses heures dans son véhicule
en semaine avec son apprenti. Il nous a donc demandé
de mettre sur pied le projet de conduite accompagnée
des apprentis du bâtiment, ce que nous avons fait début
2005.
Quel est l’objectif de ce projet ?
Dans le secteur du bâtiment, les trajets en voiture
et en utilitaire sont fréquents et changent souvent,
au gré des chantiers. Un accident mortel du travail
sur deux est un accident de la route. Le projet de conduite
accompagnée répond donc à plusieurs problèmes.
D’abord, il permet de préparer l’insertion
professionnelle du jeune apprenti. Pour les artisans, l’emploi
passe par l’obtention du certificat d’aptitude
professionnel (CAP) et du permis de conduire. Ensuite, la
conduite accompagnée responsabilise les jeunes sur
les règles de prudence sur la route, et plus largement
sur leur comportement en entreprise. Enfin, la conduite accompagnée
favorise l’intégration de l’apprenti et
renforce les liens de confiance avec le chef d’entreprise.
Avec quels partenaires avez-vous créé
l’opération ?
Pour nous assurer que le chef d’entreprise pouvait devenir
tuteur de conduite accompagnée, nous avons sollicité
le service juridique de la Capeb, l’Urssaf, la direction
départementale du Travail et de la Formation professionnelle
de l’Eure et les sociétés d’assurances.
Pour promouvoir le projet, nous avons naturellement associé
le centre de formation des apprentis (CFA) d’Évreux
et la chambre des métiers de l’Eure. Enfin, la
Préfecture nous a aidés à imprimer les
documents de sensibilisation à la sécurité
routière.
> Pour en savoir plus :
le
site de la Capeb
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