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Accueil  > La revue "Sécurité Routière"  > n° 152 > Conduite accompagnée : un passeport pour l’insertion professionnelle

Carrefour d'Expériences

Conduite accompagnée : un passeport pour l’insertion professionnelle
   
Depuis 2005, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) de l’Eure fait la promotion de la conduite accompagnée en entreprise. L’initiative a déjà séduit une quinzaine d’artisans. Reportage à Évreux.
 
Photo : Jérémy Aubrée, apprenti peintre, a opté pour la conduite accompagnée encadrée par son patron, Didier Pétrel."Attention, ralentis, tourne à droite, arrête-toi à gauche, n’oublie pas le clignotant, plus souple avec les vitesses…" Pour un jeune, la conduite accompagnée n’est pas une sinécure, surtout si l’accompagnateur est stressé. "Avec mon patron, ça se passe mieux, il est plus patient que mes parents. En plus, les semaines où je suis dans l’entreprise, je peux rouler environ 200 kilomètres sur des parcours variés et faire des manœuvres sur des terrains différents", témoigne Jérémy Aubrée. Cet apprenti peintre de 17 ans conduit depuis deux mois la camionnette de son entreprise avec Didier Pétrel, son patron, installé sur le siège passager. "La bonne surprise, c’est que non seulement ça se passe bien pour Jérémy, mais il apprend vite et gagne en maîtrise du véhicule et en prudence. De plus, les situations de conduite sont variées, entre le matin de bonne heure et le soir après une journée de travail, ce qui est très formateur", ajoute Didier Pétrel, artisan peintre, qui emploie, en plus de Jérémy, deux autres salariés.

Une formule avantageuse
À voir leur satisfaction, la conduite accompagnée n’offre que des avantages. Elle permet de responsabiliser le futur conducteur face à la sécurité routière et augmente ses possibilités d’obtenir le permis de conduire. "Couvreur, maçon, menuisier, peintre, carreleur, plombier… dans notre secteur les métiers sont variés mais les contraintes de travail similaires : on se déplace de chantier en chantier. En plus de la compétence professionnelle validée par un certificat d’aptitude professionnelle (CAP), l’acquisition d’un permis de conduire assurant l’autonomie est un atout pour obtenir un emploi", précise Gabriel Desgrouas, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) de l’Eure.

Une démarche volontaire et facile
À la confédération de l’Eure, on insiste sur le caractère volontaire de la conduite accompagnée. "Personne n’est contraint, ni le jeune, ni le chef d’entreprise. S’ils sont intéressés, les formalités sont très simples", ajoute Patrick Lefeu, secrétaire général de la Capeb de l’Eure. Le chef d’entreprise s’inscrit comme tuteur de conduite accompagnée auprès de l’auto-école et appelle son assurance pour déclarer l’apprenti comme conducteur – pour la plupart des assurances, c’est gratuit. Le jeune doit quant à lui avoir plus de 16 ans, avoir pris au minimum les 20 heures de leçons de conduite obligatoires et réussi son épreuve théorique générale (ETG, c’est-à-dire l’examen du Code de la route).

Un contrat de motivation optionnel
"La Capeb de l’Eure incite les chefs d’entreprise, les apprentis et leurs parents à signer, en plus des démarches propres à la conduite accompagnée, un contrat optionnel de motivation", ajoute Patrick Lefeu. Ce contrat engage l’apprenti, élève conducteur, à adopter un comportement exemplaire dans l’entreprise et au centre de formation des apprentis (CFA) : ponctualité, efficacité, respect des consignes. En échange, le chef d’entreprise prend en charge tout ou partie du coût du permis de conduire en ajoutant à la rémunération du jeune un forfait correspondant au coût des heures de conduite. "Financièrement, cela me coûte 40 euros par mois, mais la confiance et la motivation de Jérémy compensent plus que largement ce léger surcoût", témoigne Didier Pétrel. Après deux ans d’existence et plus d’une quinzaine d’apprentis accompagnés, le dispositif va être promu par la Capeb nationale auprès de toutes les confédérations départementales.

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  • 3 questions à Gabriel Desgrouas, président de la Capeb de l’Eure


Quelle est l’origine de l’initiative de la Capeb de l’Eure ?
En tant qu’organisation patronale, nous essayons d’apporter des solutions aux problèmes concrets de nos adhérents. Les idées viennent souvent des adhérents eux-mêmes. Dans le cas de l’action sur la conduite accompagnée, c’est un artisan peintre, Didier Pétrel, qui a mis en évidence un paradoxe : il n’avait pas de temps à passer en voiture avec ses propres enfants, alors qu’il passait de nombreuses heures dans son véhicule en semaine avec son apprenti. Il nous a donc demandé de mettre sur pied le projet de conduite accompagnée des apprentis du bâtiment, ce que nous avons fait début 2005.

Quel est l’objectif de ce projet ?
Dans le secteur du bâtiment, les trajets en voiture et en utilitaire sont fréquents et changent souvent, au gré des chantiers. Un accident mortel du travail sur deux est un accident de la route. Le projet de conduite accompagnée répond donc à plusieurs problèmes. D’abord, il permet de préparer l’insertion professionnelle du jeune apprenti. Pour les artisans, l’emploi passe par l’obtention du certificat d’aptitude professionnel (CAP) et du permis de conduire. Ensuite, la conduite accompagnée responsabilise les jeunes sur les règles de prudence sur la route, et plus largement sur leur comportement en entreprise. Enfin, la conduite accompagnée favorise l’intégration de l’apprenti et renforce les liens de confiance avec le chef d’entreprise.

Avec quels partenaires avez-vous créé l’opération ?
Pour nous assurer que le chef d’entreprise pouvait devenir tuteur de conduite accompagnée, nous avons sollicité le service juridique de la Capeb, l’Urssaf, la direction départementale du Travail et de la Formation professionnelle de l’Eure et les sociétés d’assurances. Pour promouvoir le projet, nous avons naturellement associé le centre de formation des apprentis (CFA) d’Évreux et la chambre des métiers de l’Eure. Enfin, la Préfecture nous a aidés à imprimer les documents de sensibilisation à la sécurité routière.

> Pour en savoir plus : le site de la Capeb

 

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La Capeb en chiffres
La Capeb, organisation patronale membre de l’Union professionnelle artisanale
(UPA), a signé en 2004 une charte avec la Sécurité routière. Dans l’Eure, elle emploie 5 salariés et compte 800 adhérents sur les 3.600 artisans du département. Ces 800 artisans du bâtiment sont chefs d’entreprise et emploient en moyenne 2,6 salariés. En France, 84 % des apprentis du secteur sont formés par ces entreprises artisanales et l’Eure totalise 1.380 apprentis inscrits au CFA du bâtiment.

   
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