Le
combat pour la sécurité routière progresse.
Les chiffres du bilan
2004 de l’Observatoire national interministériel
de Sécurité routière (ONISR) l’attestent
avec une nouvelle baisse du nombre de tués de 8,7 %.
Mais alors que toutes les catégories d’usagers
sont concernées par cette réduction, une seule
reste à l’écart du mouvement général
: les motocyclistes; 814 d’entre eux se sont tués
sur la route en 2004, contre 813 en 2003. Certes, cette hausse
(0,1 %) fait suite à la forte baisse de 2003 (- 16,4
%), inférieure d’ailleurs à la baisse générale
(- 21 %). Néanmoins, depuis dix ans, la part des motocyclistes
morts sur la chaussée dans l’ensemble des victimes
ne cesse d’augmenter. Elle était de 9,2 % en 1996…
elle a atteint 15,6 % en 2004. Autre constat dramatique : selon
l’étude sectorielle de l’ONISR Les Motocyclettes
et la sécurité routière en France en 2003
(La Documentation française), et compte tenu du nombre
de kilomètres parcourus, le risque d’être
tué dans un accident est 19 fois plus élevé
en moto qu’en voiture de tourisme. D’après
l’ONISR "la moto est, de loin, le moyen de transport
le plus dangereux et le motocycliste l’usager le plus
vulnérable".
"En France, le risque d’être tué
par kilomètre parcouru en motocyclette est deux fois
supérieur à celui de l’Allemagne."
L’étude Les Motocyclettes et la sécurité
routière en France en 2003 fait le point sur l’accidentologie
et présente l’exposition au risque de ce type
de véhicules. Plusieurs causes sont à l’origine
du sur risque moto. Premièrement les caractéristiques
mêmes du mode de transport, comme l’absence d’habitacle.
Deuxièmement le comportement des motocyclistes. En
avril 2004, 69 % des motocyclistes sondés par l’Ifop
[1] pour la Sécurité
routière ont affirmé que "conduire une
moto incite à prendre plus de risques qu’en voiture",
65% d’entre eux étant conscients d’en prendre.
Passer entre les files de voiture ou déterminer soi-même
la vitesse à adopter apparaissent pour une majorité
comme des pratiques légitimes, puisque s’inscrivant
dans les usages du deux-roues motorisé. Ainsi, 62%
des conducteurs de moto dépassent les vitesses maximales
autorisées. Par ailleurs, 19,4% des conducteurs de
deux-roues impliqués dans des accidents mortels en
2004 avaient un taux d’alcoolémie positif. Reste
que nombre de ces accidents sont également dus à
des "défaillances" comme l’explique
une enquête de l’Inrets (voir p. 18).
"Un strict respect des règles concernant la vitesse et
l’alcool réduiraient respectivement de 35 % et
de 20 % le taux de mortalité des motocyclistes."
L’analyse de l’accidentologie montre
également le rôle joué par l’infrastructure.
Une étude réalisée par le Ceesar [2]
dans le cadre du projet
Rider (Recherche sur les accidents impliquant un deux-roues
motorisé) met notamment en lumière des phénomènes
de glissance (passage piétons, plaques d’égout…)
et d’instabilité de la moto (chaussée
dégradée, bandes rugueuses…). De même,
certains équipements (panneaux…) influent directement
sur la perception de l’infrastructure par le motard,
donc sur son comportement. Et, en cas de chute, la présence
d’obstacles (arbres, rails de sécurité…)
constituent autant de facteurs aggravant les conséquences
de l’accident. Enfin, une autre cause essentielle de
l’accidentologie des deux-roues réside dans la
cohabitation avec les autres usagers de la route. En règle
générale, les automobilistes, possesseurs d’un
permis B, ont rarement eu l’expérience d’un
deux-roues motorisé dans leur vie de conducteur. Aussi
sont-ils peu conscients des spécificités de
la conduite des motos et de la vulnérabilité
de leurs conducteurs. Pourtant, les deux-roues à moteur
exigent davantage d’attention de la part des automobilistes
: du fait de leur vitesse, ils ont tendance à "surgir"
dans le trafic et, hors agglomération, leur faible
nombre ne les incite pas à anticiper leur présence.
Cette méconnaissance et ce manque d’attention
à l’égard des deux-roues motorisés
peuvent conduire à des comportements inconsciemment
dangereux. Ainsi, selon l’étude sectorielle de
l’ONISR, les scénarios d’accident les plus
fréquents sont "le tourne-à-gauche"
de la voiture de devant (32,8%), le conflit de priorité
(28,8 %), le heurt par la moto de l’arrière de
la voiture (10,1 %), le heurt frontal (dépassement
ou déport : 14,7 %). Cette cohabitation difficile aboutit
aujourd’hui à des incompréhensions réciproques.
Même si tous reconnaissent ensemble que les problèmes
relèvent autant des motards que des automobilistes
(59 %), un désaccord paraît sur la cause du risque
: pour 44 % des usagers de deux-roues motorisés sondés,
ce sont les automobilistes qui ne font pas attention, et,
pour 54 % des automobilistes, les motards prennent trop de
risques dans leur conduite.
- MAIDS : une étude européenne controversée
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Le point de vue de Jean Chapelon, secrétaire général
de l’Observatoire national interministériel de
Sécurité routière.
Quelle est la spécificité de l’étude MAIDS ?
MAIDS (Motorcycle Accidents In Depth Study) est un ensemble d’études détaillées d’accidents. Depuis plusieurs années, des études similaires sont réalisées en France pour les véhicules légers et les poids lourds, et depuis trois ans pour les motos. La particularité et l’intérêt de MAIDS sont de rassembler des études effectuées simultanément dans six pays européens : la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas, soit un ensemble de 921 cas d’accidents.
Soutenez-vous ce type de travaux ?
Naturellement. Les études détaillées
d’accidents sont très développées
en France et soutenues depuis longtemps par la Sécurité
routière. Elles sont pratiquées par l’Inrets
avec l’aide de l’État et par le LAB (PSA-Renault).
La Sécurité routière a d’ailleurs
financé la partie française de l’enquête
MAIDS réalisée par le Ceesar. Mais utiliser
ces études pour bien comprendre les mécanismes
de l’accidentologie des motocyclettes est une chose,
utiliser ces résultats à des fins statistiques
en agglomérant l’ensemble de ces études
est très discutable du point de vue méthodologique.
Quel est le problème ?
Nous ne savons pas du tout si les cas d’accident analysés sont représentatifs. Une bonne façon d’utiliser ces études aurait été de reproduire la démarche qui a été celle de l’Observatoire dans sa brochure consacrée aux motos. À partir de données statistiques fiables, nous avons déterminé les principaux scénarios d’accident et demandé à Pierre Van Eslande, qui a réalisé de nombreuses études détaillées sur les motocyclettes, de les illustrer par des exemples réels. Les statistiques donnent l’importance quantitative des différents scénarios, les études détaillées permettent de comprendre pourquoi et comment ces scénarios arrivent. Par ailleurs, présenter les résultats globaux, agglomérant les résultats français à ceux d’autres pays comme représentatifs des comportements des motocyclistes, ne permet pas de répondre à la question essentielle à laquelle nous sommes confrontés : pourquoi la France compte deux ou trois fois plus de motocyclistes tués par kilomètre parcouru que l’Allemagne et d’autres pays voisins ?
- 3 questions à Pierre Van Elslande, chercheur à l’Inrets
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Vous avez mené une étude
sur des accidents impliquant des deux-roues motorisés
à partir de "scénarios d’erreur [3]".
Quel était son objectif ?
Nous avons analysé un échantillon de 80 cas d’accident impliquant des deux-roues. Chaque cas a fait l’objet d’une étude détaillée (recueil d’informations sur le terrain, entretiens avec les protagonistes sur le lieu même de l’accident, analyse des véhicules à la casse, historique des conducteurs...), dont l’objectif est de permettre une reconstruction (cinématique) à la fois spatio-temporelle et causale de l’accident. Au travers de ce travail, nous pouvons analyser les difficultés rencontrées par les conducteurs. Notre rôle n’est pas de poser la question de la responsabilité des protagonistes, mais d’étudier la contribution de chacun à la fabrication d’un cas d’accident. Nous partons du principe qu’un accident n’est pas un événement qui s’écarte fondamentalement de la conduite " normale " mais, le plus souvent, le résultat d’une conjonction de dysfonctionnements qui vont mettre en échec les stratégies habituellement adaptables. Ces dysfonctionnements vont se traduire par des erreurs et des défaillances fonctionnelles en termes cognitifs, perceptifs, d’exécution de l’action et de décision propres à la fois aux conducteurs de deux-roues et aux automobilistes impliqués dans ces accidents de deux-roues motorisés.
Quelles sont les conclusions concernant les conducteurs de deux-roues motorisés ?
Il existe une proportion importante de cas où le deux-roues est confronté à un comportement inattendu de la part de l’automobiliste. En contrepartie, ce dernier a un problème de détection du deux-roues. C’est ce que nous appelons une erreur d’interaction dans laquelle existe une complémentarité entre les problèmes des deux conducteurs. Très globalement, les conducteurs de deux-roues fonctionnent avec une trop grande confiance dans leur capacité à anticiper et à réguler. Et cela aussi bien pour l’interaction avec l’automobiliste que pour celle avec l’infrastructure. Ils ont tendance à rouler aux limites admissibles par le système (accélération dans les virages, capacité de négociation, de trajectoire, de freinage...). De cette façon, ils ne se donnent quasiment aucune marge en cas de rencontre avec un imprévu.
Et pour les automobilistes ?
La principale difficulté est celle de la détection des deux-roues, en raison de leur gabarit et de leur comportement. Sans le vouloir, le motocycliste se met en situation de ne pas être détectable. Par ses niveaux de vitesse ou son positionnement (par exemple, en étant masqué derrière un autre véhicule, un panneau, un arbre...), il piège les automobilistes en créant une situation qui ne s’intègre pas dans leurs habitudes de stratégie de prise d’information.
- Le cyclomoteur : une accidentologie spécifique
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Si le cyclomoteur s’avère deux fois plus dangereux que la voiture (241 tués pour un million, contre 107 pour l’automobile, selon le bilan 2004 de l’ONISR), le nombre de ses usagers tués dans un accident de la route a fortement chuté en 2004 (-13,7%). Ceci explique en grande partie la baisse de 16,3 % du nombre de tués parmi les 15-17 ans. Toutefois, le cyclomoteur, qui à cause de sa faible puissance est surtout utilisé par les jeunes, est toujours un moyen de locomotion très dangereux pour ces derniers. En 2004, 45 % des 321 tués à cyclomoteur étaient âgés de 15 à 19 ans. Enfin, si le cyclomoteur tue 2,5 fois moins que la moto, le nombre de blessés est proportionnellement beaucoup plus important. On a dénombré 15776 cyclomotoristes blessés contre 12708 chez les motards.
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• Le membre de la communauté motard. Nostalgique face à la dilution des valeurs de distinction, il est attaché aux codes vestimentaires (blouson, bottes, cuir) et sociaux (salut motard, solidarité et civisme...). Il participe aux événements associatifs et montre peu d’intérêt pour la vitesse.
• Le randonneur. Intégré dans la communauté motard, il utilise rarement la moto au quotidien, préférant balades et voyages. Sa conduite est prudente et fondée sur le respect des autres usagers.
• Le pilote. La moto est pour lui un loisir. Refusant les longs trajets, qu’il trouve inconfortables, il se fait plaisir avec la vitesse, notamment sur les circuits.
• Le fonctionnaliste. Conducteur prudent et fervent défenseur du code de la route, il utilise son deux-roues en ville et/ou pour les trajets quotidiens domicile-travail. La moto est un moyen de transport rapide et économique, non une source de plaisir.
• Le conducteur "inconscient". Jeune et masculin le plus souvent, il se soucie peu de son environnement. La moto, source de liberté, est une passion qui se vit intensément. Elle est aussi un révélateur de toute puissance qui lui permet de repousser les limites en prenant un maximum de risques.
Source : étude exploratoire de l’Ifop pour la Sécurité routière, mars 2005.
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