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Depuis près de deux ans, le gouvernement a renforcé son action pour améliorer la sécurité routière des cyclomotoristes et des motocyclistes. Ce thème a d’ailleurs été abordé de manière spécifique lors des deux derniers Comités interministériels de Sécurité routière (CISR). À ces occasions ont été entérinées de nouvelles mesures et pistes d’action qui visent à s’attaquer à toutes les causes de l’accidentologie tout en s’inscrivant dans la continuité de la politique nationale de sécurité routière menée depuis 2002.
Des routes plus sûres
Sur le front de l’infrastructure, le programme de mise à niveau des glissières de sécurité est en voie d’achèvement; 475 km de linéaires ont été ainsi équipés d’une sous-glissière, évitant aux motards de percuter – le plus souvent de façon fatale – les potelets sur lesquels sont installées les glissières. Ces travaux ont été réalisés sur les routes dont l’État a la charge, dans les courbes des virages extérieurs dont le rayon est inférieur à 200 mètres (routes nationales) ou 400 mètres (autoroutes). Plus globalement, aujourd’hui, la spécificité des deux-roues motorisés est de plus en plus prise en compte dans la construction et la rénovation des infrastructures. Pour aider les gestionnaires de voirie dans ce sens, le Setra (Service d’études techniques des routes et autoroutes) a publié en septembre 2000 un guide des règles de l’art pour "la prise en compte des motocyclistes dans l’aménagement et la gestion des infrastructures". Les équipes des Directions départementales de l’équipement (DDE), ainsi que de nombreux élus continuent, d’autre part, à être sensibilisés à ce thème grâce aux opérations "motards d’un jour" durant lesquelles ils découvrent à l’arrière d’une moto les difficultés auxquelles sont confrontés les motocyclistes sur la route. Deuxième front de la lutte contre l’insécurité routière : la formation. Depuis 1997, les jeunes âgés de 14 ans au minimum sont tenus d’obtenir le BSR (brevet de sécurité routière) pour conduire un cyclomoteur. Celui-ci comprend la réussite de l’ASSR (attestation scolaire de sécurité routière) de 1er niveau, complétée par une formation pratique obligatoire dont la durée a été portée de trois à cinq heures le 1er septembre 2004.
Le débridage bridé par la loi
L’action publique, en concertation avec les professionnels
de la distribution de deux-roues, a également fortement
progressé sur une question décisive en termes
de sécurité routière : le débridage
des véhicules. Les deux derniers Comités interministériels
de Sécurité routière ont adopté
un train complet de mesures destiné à lutter
contre cette pratique qui contribue à renforcer la
dangerosité des cyclomoteurs et des motos, en rendant
possible des accélérations très rapides
et des vitesses largement supérieures aux normes légales.
Pour y mettre fin, une première mesure législative
qui rentrera en vigueur courant 2006 prévoit de sanctionner
la commercialisation de deux-roues débridés
au même titre que celle des dispositifs de débridage
(la loi
du 12 juin 2003). Les professionnels risqueront ainsi
jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30
000 € d’amende. Une seconde mesure – un décret
qui rentrera en application dans les mois à venir –
prévoit d’aggraver les sanctions existantes des
conducteurs de deux-roues motorisés débridés
(confiscation du véhicule, suspension et retrait du
permis de conduire).
La vitesse des deux-roues sous l’œil des radars
Comme pour les autres usagers de la route, les efforts des pouvoirs publics se concentrent également sur le comportement des cyclomotoristes et des motocyclistes au travers du levier prévention répression. C’est notamment le cas pour les excès de vitesse. Jusqu’à présent, l’absence de plaque d’immatriculation à l’avant des motos empêchait leur identification par deux tiers des radars fixes. Ainsi, en 2004, seules 5 000 infractions pour excès de vitesse commises par des conducteurs de deux-roues à moteur ont été établies sur un total de 100 000 infractions relevées. Pour que les motards soient traités de la même façon que les automobilistes, la part des radars permettant de photographier les véhicules par l’arrière sera augmentée au sein du programme de déploiement de 500 nouveaux radars prévus à partir de l’an prochain.
Mieux respecter les règles
La politique de prévention et de contrôle des
conducteurs de deux-roues par les forces de l’ordre
a aussi été renforcée ces derniers mois
pour les sensibiliser au respect du code de la route et aux
obligations en matière de plaque d’immatriculation,
de port du casque ou de nuisances sonores. Le Comité
interministériel de Sécurité routière
du 1er juillet 2005 a, en outre, décidé
de conduire une action de sensibilisation de grande ampleur
auprès des jeunes conducteurs de cyclomoteurs lors
de la Semaine de la Sécurité routière,
du 17 au 24 octobre. Ainsi, les principaux des collèges,
en lien avec les services de police et de gendarmerie et en
concertation avec les associations de parents d’élèves,
ont été invités à organiser dans
leurs établissements des contrôles préventifs
portant sur la vérification de l’état
des cyclomoteurs (débridage, état des freins,
conformité des plaques, fonctionnement des feux, nuisances
sonores, casque homologué...) avant de passer à
la phase répressive d’application du décret
sanctionnant les conducteurs utilisant des engins débridés.
Autre levier de l’action des pouvoirs publics : la communication.
En juin dernier, une grande campagne (TV, radio, presse, affiches,
Internet, dépliants...) a été organisée
pour sensibiliser l’ensemble des usagers de la route
aux risques spécifiques des deux-roues motorisés.
Un film a notamment rappelé aux automobilistes la nécessité
de tenir compte dans leur conduite de la fragilité
des conducteurs de deux-roues à moteur et, à
ces derniers, celle de respecter des règles établies
pour les protéger.
Un dialogue permanent
Enfin, l’action du ministère
de l’Équipement et des Transports en direction
des motocyclistes se caractérise aussi par la volonté
d’associer tous les acteurs du monde de la moto. Celle-ci
s’est concrétisée par l’organisation,
le 25 mai 2004, d’une table ronde qui a permis de tracer
avec les associations des deux-roues motorisés les
pistes d’action pour mieux prendre en compte leurs spécificités
dans la politique de sécurité routière.
Un certain nombre de ces pistes a d’ailleurs été
repris lors des deux derniers Comités interministériels
de Sécurité routière. Des représentants
des motocyclistes ont, d’autre part, été
invités aux deuxièmes états généraux
de la Sécurité routière le 20 octobre
dernier. L’année 2005 a également vu l’organisation
de journées portes ouvertes sur les circuits (Carole,
Le Mans, Dijon) en partenariat avec le ministère
de la Jeunesse et des Sports et la FFM
(Fédération française de motocycle).
Et, comme chaque année depuis 1997, la Sécurité
routière et la FFMC
(Fédération française des motards en
colère) se sont associées pour mettre en
place des relais motards Calmos tout au long des routes menant
vers les grandes manifestations sportives (24 heures du Mans
Moto, Bol d’Or, Grand
Prix de France...). Accueillant des milliers de motocyclistes
dans une ambiance conviviale sur des aires de repos, cette
opération a, depuis, fait localement des émules.
Ainsi, les DDE des Vosges ou des Alpes-Maritimes et les antennes
locales de la FFMC ont organisé des relais Calmos sur
des routes très fréquentées par les motards.
L’initiative vosgienne a même été
l’occasion d’accueillir des motards allemands
et d’y associer leurs représentants. Enfin, un
travail de concertation permanente avec les instances représentatives
des deux-roues motorisés est mené par le M.
Moto national et le réseau des quelque 105 "Mesdames
et Messieurs Moto" basés dans les DDE. Ces agents
volontaires, eux-mêmes motards, jouent un rôle
d’interlocuteur auprès des associations d’usagers
des deux-roues motorisés tout en favorisant localement
et au plan national la prise en compte de la spécificité
des deux-roues dans la politique de sécurité
routière.
- 3 questions à André Chazeau, M. Moto National
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La spécificité des deux-roues motorisés est-elle aujourd’hui reconnue au sein de la politique locale et nationale de sécurité routière ?
Oui, et ce depuis longtemps, ne serait-ce que par l’existence d’un permis moto très abouti et par l’action entreprise en matière de glissières de sécurité. Cette spécificité est d’autant plus reconnue actuellement que, face à la montée de l’accidentalité des deux-roues motorisés, la sécurité de leurs conducteurs a été élevée au rang de priorité nationale par le gouvernement. Dans ce cadre, elle a fait l’objet de mesures spécifiques au plan national lors des deux derniers CISR, particulièrement pour lutter contre le débridage et les vitesses excessives. Localement, beaucoup de choses ont aussi été réalisées par les "Mesdames et Messieurs Moto", très actifs sur ce thème depuis de nombreuses années. Ils le seront encore plus demain, à l’occasion du transfert des routes nationales aux départements. Le renforcement du rôle des pôles de sécurité routière au sein des "nouvelles" DDE qui l’accompagnent leur donnera l’occasion de renforcer leur action en matière de sécurité routière.
La sécurité routière des deux-roues motorisés a-t-elle progressé ces dernières années ?
Oui, même si leur accidentalité n’a pas diminué au même rythme que celle des autres usagers de la route, entraînant ainsi une sur représentation croissante des motocyclistes dans l’accidentalité globale. Cette diminution s’explique par l’évolution des infrastructures, le développement de nouveaux équipements de protection des motards et l’amélioration des véhicules – notamment l’accélération de l’équipement de l’ABS sur les motos. En revanche, les comportements doivent progresser de manière significative. Les motocyclistes continuent à rouler à des vitesses supérieures à celles des autres usagers, et l’on observe une anticipation insuffisante de leur part. Par ailleurs, les autres usagers, peu habitués à la présence des motocyclistes hors des grandes agglomérations, n’adaptent pas suffisamment leur conduite pour partager la route avec ces derniers.
Quelles sont les pistes d’amélioration pour les années à venir ?
La première nécessité est, au-delà de l’action de l’État, une mobilisation concertée de chacun des acteurs du monde de la moto (associations, institutionnels, constructeurs...). Seule cette mobilisation de tous pourra faire diminuer de façon durable l’accidentalité et rétablir l’image du monde motocycliste pour qu’il soit mieux accepté et plus écouté par l’ensemble de la société. Leur présence lors des états généraux de la Sécurité routière qui se tiennent cette rentrée allait dans ce sens. Sur un plan plus pragmatique, plusieurs autres pistes d’amélioration exprimées par le gouvernement doivent favoriser une évolution positive de l’accidentalité. Il s’agit de la lutte contre le débridage des cyclomoteurs, des mesures prises contre les vitesses excessives et pour le respect des règles en général, et, enfin, de la sensibilisation de l’ensemble des usagers de la route à la vulnérabilité des conducteurs de deux-roues comme elle a été initiée lors de la campagne de communication de l’été dernier.
- Portrait : Frédérick Allo-Poinsognon, M. Moto 76
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Depuis septembre 2004, Frédérick Allo-Poinsognon, troque un jour par semaine sa casquette d’inspecteur du permis de conduire pour celle de M. Moto de la Seine- Maritime. "Le lien entre les deux fonctions est évident, explique ce passionné de moto. En tant qu’inspecteur, j’évalue les candidats au permis moto toutes catégories, et je suis également l’interlocuteur des enseignants de moto-écoles. En outre, un inspecteur du permis de conduire est aussi inspecteur de la sécurité routière, sujet sur lequel beaucoup reste à faire vis-à-vis des deux-roues motorisés." Cet agent de 34 ans se définit avant tout comme un conseiller tant auprès des concepteurs d’infrastructures que pour la prise en compte des deux-roues dans la politique locale de la Sécurité routière. À ce titre, il participe à tous les pôles de compétence État-Sécurité routière du département présidés par le préfet. Il se veut également le relais de la politique nationale de Sécurité routière deux-roues motorisés sur le département. "Je propose des actions et des outils de travail. Par exemple, je lance un groupe de travail avec des auto-écoles pour essayer de trouver une charte de qualité définissant le contenu des cinq heures de formation du BSR." Frédérick Allo-Poinsognon se vit aussi comme le partenaire de tous les amateurs de deux-roues qui veulent contribuer à améliorer leur sécurité. Entre autres, il vient d’aider récemment des motards à monter un projet de piste d’acrobatie, dit de "stunt", lesquels, jusqu’ici, s’adonnaient à leur passion sur des routes du département parmi les autres usagers. Ils pourront bientôt le faire un vendredi soir sur deux sur une route fermée à la circulation dans des conditions de sécurité renforcées. "Ce projet a été long à aboutir. Mais un M. Moto qui veut vraiment s’investir dans sa mission de service public ne doit pas compter son temps ni son énergie."
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