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Accueil > La revue "Sécurité Routière"  > n° 145 > Bénévolat et permis de conduire
Carrefour d'Expériences
Bénévolat et permis de conduire

À Suresnes, une bourse permet aux jeunes de passer le permis de conduire en échange d’actions bénévoles dans le domaine humanitaire ou social. Une initiative qui attire déjà l’attention de nombreuses collectivités locales.


Photo : depuis septembre 2005, Thomas bénéficie du dispositif mis en place par la mairie de Suresnes pour passer le permis de conduire.  "Je voulais m’en sortir, mais jusqu’alors ce n’était pas facile pour moi. Depuis un an, il y a des mains qui se tendent. Alors, je les prends", confie Thomas, 24 ans. Venant d’un quartier plutôt défavorisé de Suresnes, il rencontre, comme beaucoup de jeunes, des difficultés d’insertion professionnelle et sociale. Sans emploi, sans ressources, Thomas avait peu de chances de passer le permis B, qui est pourtant exigé par de nombreux employeurs. Il y a un an, il a rencontré les éducateurs de Parélie, une association de prévention générale à Suresnes. "Très vite, ils m’ont parlé de ce que fait la mairie. En contrepartie d’une "action bénévole", elle donne une bourse pour obtenir le permis. J’ai décidé d’essayer", se souvient Thomas. Avec l’aide de l’association, il monte son dossier. En novembre dernier, lors de la première session d’examen des candidatures, Thomas est sélectionné ! Il pourra bénéficier d’un financement à la hauteur de 80 % de son permis. Jean-Loup Dujardin, responsable de la politique de la ville à Suresnes, donne quelques précisions techniques : "Le coût moyen d’une inscription avec vingt heures de conduite dans une auto-école s’élève à 850 euros. Mais les professionnels s’accordent sur le fait que vingt heures ne sont pas suffisantes, et que rares sont les passages du code sans échec. Du coup, nous avons tablé sur une moyenne de "1 200 euros pour un permis." Selon les ressources du candidat, personnelles et familiales, la mairie finance de 50 à 80 % de cette somme.

Permis de conduire contre action bénévole
La procédure de sélection des candidats est simple. Le jeune, seul ou par l’intermédiaire d’une association, remplit son dossier. En plus des données personnelles et des justificatifs de revenus, il doit présenter un projet de "contrepartie", une action bénévole. "Les propositions sont fabuleusement généreuses !" se réjouit Jean-Loup Dujardin. La plupart des jeunes proposent d’encadrer soit les kermesses d’école, soit les événements sportifs. Ceux ou celles qui ont une bonne scolarité collaborent avec des associations de soutien scolaire. Certains ont des idées plus originales, comme accompagner une personne malvoyante au théâtre, ou bien effectuer des travaux de jardinage chez les personnes âgées. C’est notamment le cas de Thomas. Amoureux de la nature et des espaces verts, il a réussi, avec l’aide de l’association Parélie, à s’inscrire dans un CAP d’horticulture à Meudon. Il s’est engagé auprès de la mairie de Suresnes à aider les personnes âgées à entretenir leur jardin. La durée de l’activité bénévole est fixée à quarante quarante-cinq heures. André Barbet, directeur de Parélie, partenaire de l’opération, aimerait que cette période de bénévolat s’étale sur deux mois. "C’est important de pérenniser leur engagement. Par le biais de cette initiative, je peux avancer sur le plan éducatif ! Les jeunes comprennent que travailler pour la collectivité peut aussi être valorisant. Et ils reviennent, même en dehors de l’obtention du permis", confie-t-il. Les auto-écoles ont, quant à elle, déjà signé une convention avec la municipalité. Elles inscrivent les lauréats de la bourse qui ne paient que leur part (entre 20 et 50 % du coût global). Elles dispensent les cours nécessaires pour le passage du code de la route. Une fois cet examen réussi, la municipalité verse le reste de la somme à l’auto-école, qui est tenue d’informer ses partenaires de l’avancement du candidat. Toutefois, la participation peut s’avérer parfois élevée pour certains jeunes. Thomas, par exemple, a dû débourser 250 euros.

Sensibiliser les jeunes à une conduite citoyenne
La signature d’une charte entre le lauréat de la bourse et la municipalité est un moment important dans le dispositif. "Pour ces filles ou garçons, le permis est comme un diplôme. Nous avons voulu donner une dimension festive et solennelle à l’événement. Cela valorise les jeunes", note Jean-Loup Dujardin. De fait, le ministre des Transports et Rémy Heitz, le délégué interministériel à la Sécurité routière, ont été invités et ont assisté à ces événements. La signature de la charte joue également un rôle indirect pour la sécurité routière. Pendant la cérémonie, les jeunes sont sensibilisés à la conduite citoyenne. "Toute cette procédure amène les jeunes à verbaliser, à communiquer avec les adultes. Ils entendent autrement les discours sur la sécurité routière", explique Jean-Loup Dujardin. Quand ils passent par l’intermédiaire d’une association, celleci se charge de rappeler la nécessité de respecter les règles de conduite. "Je ne cesse pas de leur remémorer que leur permis est un acquis fragile, et qu’ils peuvent le perdre s’ils ne mettent pas la ceinture, ou s’ils dépassent la vitesse réglementaire", ajoute André Barbet. À ce jour, dix-sept jeunes ont bénéficié de la bourse. Un d’entre eux a déjà réussi le code de la route. "Je pense que, quand les premiers jeunes auront obtenu leur permis, et que leurs copains les verront conduire à Suresnes, la motivation va décupler", conclut avec sourire Jean-Loup Dujardin. Vingt-six nouveaux dossiers sont présentés à la session de septembre.

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  • 3 questions à Christian Dupuy, maire de Suresnes
Pourquoi avez-vous créé la bourse pour le permis de conduire ?
Le coût du permis de conduire est trop élevé. Cette raison a été évoquée de façon récurrente à la suite d’accidents provoqués par des jeunes qui conduisaient sans permis. D’autre part, beaucoup de jeunes à la recherche d’emploi indiquent que le permis est requis désormais par une grande partie des employeurs. Ne pas l’avoir se révèle être un handicap. Enfin, le service militaire obligatoire donnait l’occasion à de nombreux jeunes de passer leur permis. Rien n’a remplacé cette possibilité.

Qui bénéficie de cette mesure ?
Les jeunes âgés de 18 à 25 ans qui ne disposent pas des ressources personnelles ou familiales suffisantes pour passer le permis, et qui montrent une vraie motivation pour accomplir un "travail d’intérêt collectif".

Quels sont vos objectifs et les moyens mis en œuvre ?
Notre objectif est d’atteindre 40 bénéficiaires par an. Le budget annuel accordé à cette mesure s’élève à 42 000 euros.

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