Le CNSR a été créé en 2001. Pour quoi faire ?
Pour renouveler le débat, changer le regard sur la prévention et proposer des mesures nouvelles et efficaces. Le Conseil exerce une mission de consultation auprès du gouvernement : il est chargé de l’aider dans l’élaboration et dans l’évaluation de la politique menée en matière de sécurité routière. En pratique, nous commandons des études permettant d’améliorer la connaissance de la sécurité routière et nous formulons des propositions sur les actions engagées et à mettre en œuvre. Le Conseil dispose d’un comité d’experts reconnus, comme Claude Got, qui éclaire ses travaux. Les 53 membres du CNSR sont issus d’horizons très variés : représentants du Parlement, des collectivités territoriales, acteurs économiques et sociaux, représentants d’associations et de l’administration. Les statuts prévoient quatre séances plénières par an. J’ai décidé d’intensifier la vie du Conseil en instituant une séance bimestrielle de trois à quatre heures. J’ai également créé quatre groupes spécifiques de travail. Ils sont consacrés aux infrastructures routières, aux usagers, aux constructeurs et à la recherche. L’organisation actuelle et la diversité du Conseil en fait un lieu de débat pluraliste entre tous les acteurs qui apportent des solutions originales et pragmatiques aux défis de la sécurité routière.
Quel a justement été l’apport du CNSR depuis votre nomination en avril 2003 ?
Notre action a donné des résultats concrets. L’expérimentation de l’utilisation des feux de croisement de jour est la plus marquante. Elle s’appuie directement sur nos recommandations. Cette mesure peut sauver jusqu’à 600 vies par an, ce n’est pas rien... Nos prises de positions sur d’autres points ne sont pas passées inaperçues. Le CNSR s’est ainsi clairement opposé à la limitation de puissance des véhicules pour les jeunes conducteurs, jugeant cette initiative injustifiée, impraticable et difficilement acceptable aux yeux de l’opinion. Les quatre groupes de travail du CNSR ont formulé l’année dernière neuf recommandations qui sont autant d’orientations pour la politique du gouvernement, dont la mise au point d’indicateurs d’observation des comportements, la prévention du risque routier en entreprise et l’aide aux victimes et à leurs familles. Enfin, le Conseil contribue beaucoup à l’information sur la sécurité routière, notamment dans le cadre associatif.
Quelles sont vos grandes priorités pour les années à venir ?
Le principal chantier du CNSR est celui de la formation des jeunes, en ouvrant le dialogue avec l’Éducation nationale. À titre personnel, j’engagerai le débat sur le permis de conduire à partir de 16 ans. Certains jugent cette proposition provocante et irresponsable. Je leur réponds simplement que l’éducation routière des jeunes deviendra dans les années à venir le principal vecteur du changement durable des comportements sur les routes. Les bons résultats obtenus ces dernières années en matière de sécurité routière ? Ils sont liés, pour l’essentiel, à la généralisation des outils de répression. Radars automatiques, multiplication des contrôles, retraits de permis : la peur du gendarme induit certes une modification positive du comportement au volant, accentuée par des campagnes de communication axées sur une autre peur, celle de l’accident, du drame, de la vie broyée. Ces techniques marchent sur le court terme. Pourtant, seul un Français sur dix est aujourd’hui convaincu du danger réel de la vitesse. Tant que nous ne serons pas arrivés à faire comprendre que la vitesse est mortelle, les changements de comportement resteront superficiels. La répression et l’appréhension ne remplacent pas la conviction sur le long terme, une politique de prévention durable ne s’impose pas avec des outils de soumission. Elle repose en fait sur l’éducation. L’école est le lieu naturel de cet apprentissage, les jeunes en sont le public privilégié : ils formeront une nouvelle génération de conducteurs. L’éducation est donc la première de nos priorités, mais ce n’est pas la seule : la lutte contre la vitesse figure également au rang de nos priorités pour les prochains mois. Notre objectif est de faire le point sur tous les dispositifs qui ont été envisagés pour faire baisser la vitesse afin d’essayer de déterminer les voies les plus prometteuses et les plus efficaces. Par ailleurs, nous allons porter une attention particulière à la qualité des infrastructures. Le premier travail réalisé par la commission infrastructure a permis de montrer l’importance d’une certification qualité des gestionnaires de voirie, mais également la difficulté pour mettre en place une telle procédure. Il faut maintenant que cette réflexion trouve un prolongement concret. Enfin, une des missions essentielles du Conseil est de s’intéresser à l’évaluation des mesures prises : une commission sera spécifiquement chargée de ce thème et à ce titre s’intéressera au contrôle automatisé, aux feux de jour, etc..
Vous êtes journaliste. Pourquoi cet engagement dans une structure publique chargée d’aider le gouvernement à élaborer sa politique en matière de sécurité routière ?
Mon engagement pour la sécurité routière n’est pas nouveau : j’ai présidé en 1994 la Commission vitesse et sécurité routière. J’ai d’ailleurs longtemps cru que les propositions que j’avais préconisées à cette occasion resteraient au fond d’un tiroir. Les choses ont commencé à bouger à partir de 2001. Aujourd’hui, mon rapport [1] a été presque intégralement appliqué, hormis ma recommandation d’une police de la route. Le CNSR est un organisme jeune et indépendant, il peut contribuer à renouveler les politiques de sécurité routière. J’accepte donc d’être là pour continuer à faire bouger les choses. Vous savez, j’ai toujours éprouvé comme journaliste une grande attirance pour les questions de société. J’ai décidé de mettre mes compétences professionnelles au service de la sécurité routière pour agir et empêcher dans la mesure de mes moyens ces drames terribles. J’ai été confronté, comme tout un chacun, à la disparition de proches sur la route. C’est insupportable. Mon engagement vise à éviter le coup de téléphone de trois heures du matin, celui où l’on vous informe dans un demi-sommeil stupéfait de la mort de votre enfant... |