"Battez-vous, battez-vous pour moi" fut le dernier message d’Anne à sa famille avant de mourir le 17 septembre 1986 à l’âge de 22 ans, trois mois après avoir été victime du foudroyant cocktail : voiture, alcool et vitesse. La jeune femme avait lutté elle-même pour la vie quatre-vingt-dix jours durant dans une chambre de grands brûlés. La Fondation Anne-Cellier a été créée le 21 septembre 1987. Pendant dix-huit ans, l’association Fondation Anne-Cellier contre l’insécurité routière a continué le combat d'Anne contre la souffrance et la mort. Estimant "qu'une étape essentielle a été franchie" et qu’Anne Cellier a eu sa part d’influence dans cette évolution des mentalités, sa famille a souhaité que son nom retrouve le silence et a dissous l’association le 31 décembre 2004.
- 3 questions à Christiane Cellier
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En presque vingt ans, quelles sont les évolutions qui vous ont le plus marquée en matière de sécurité routière ?
En 1986, il y avait plus de 12 000 morts sur les routes de France dans l’indifférence générale. Le pire, c’était cette acceptation générale ou les circonstances atténuantes que l’on mettait sur le compte de notre culture latine… Nous fustigions les États qui avaient encore la peine de mort alors que nous laissions tuer sans vergogne des innocents sur nos routes. En 2000, le gouvernement a décrété la sécurité routière grande cause nationale et les médias ont joué le jeu. J’avais trouvé le slogan d’alors "Si chacun fait un peu c’est la vie qui gagne" peu ambitieux et vague. J’avais tort, la formule a creusé son chemin un peu partout. En fait, durant plusieurs années, les gouvernements n’ont pas eu le courage de la fermeté. Mais pendant ce temps, les citoyens devenaient de plus en plus réceptifs. Lorsqu’au plus haut niveau, la volonté politique s’est exprimée contre l’insécurité routière, on est enfin arrivé à ce dont je doutais encore moi-même : endiguer cette coproduction de morts. La seule dissuasion, c’est la certitude de la sanction. Les chiffres constatés après la mise en place des radars automatiques l’ont prouvé.
Pourriez-vous dresser un bilan de votre action ?
Anne n’est pas morte pour rien. Son histoire et son visage de femme-enfant diffusés par les médias ont ému, résonné, dérangé, réveillé et mobilisé. Dès 1987, notre action a abouti au vote d’une loi renforçant la lutte contre l’alcoolisme au volant (loi du 30 juillet 1987), puis d’un projet de loi pour responsabiliser les auteurs d’accident. La fondation a été associée à tous les grands chantiers en gestation : livre blanc de la sécurité routière, permis à points, délit d’excès de grande vitesse, etc. L’association a mené de nombreuses actions de sensibilisation auprès des jeunes, mais aussi aux côtés de différents acteurs investis dans la prévention comme l’École nationale de la magistrature, la faculté de médecine Descartes, l’École des officiers de gendarmerie nationale ou d’entreprises comme Peugeot, Europcar ou Colas. Enfin, nous avons offert une écoute et un soutien moral aux victimes directes et indirectes d'accidents de la route.
La fin de la Fondation ne signifie pas la fin de votre engagement, puisque vous restez membre du Conseil national de la sécurité routière. Quelles évolutions souhaitez-vous voir aboutir dans les prochaines années ?
Pour que les progrès continuent, la rupture doit s’inscrire dans la durée, c’est indispensable. Les habitudes sont une seconde nature, ne les laissons pas reprendre le dessus. Si la fessée se rapproche, les Français écoutent ! Je dirais aux "parent " politiques d’aujourd’hui et de demain de rester vigilants et de tenir tête aux pressions, d’où qu’elles viennent. Aujourd’hui, les Français s’entre-tuent un peu moins sur les routes, mais la marge de progression reste encore importante. Chez les jeunes, les chiffres demeurent préoccupants. Il faut plus que jamais une politique de contrôle très ciblé pour que chaque week-end il y ait moins de vies stoppées ou brisées. Enfin, une harmonisation des limitations de vitesse en Europe serait bienvenue et certainement porteuse de progrès importants.
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