"Dis Papa, c’est quand qu’on arrive ?" Il y a encore quelques années, la réponse du papa se bornait à un "bientôt" ou un "pas tout de suite" évasif. Aujourd’hui, l’enfant découvre lui-même sur un PMV (panneau à message variable) qu’un embouteillage est repéré, ou apprend par la radio que le retour à la maison s’annonce difficile. C’est peu dire que l’information routière à destination des usagers s’est développée ces dernières années. Plus complète, plus précise, couvrant toujours plus de voies, elle est aussi diffusée au travers d’un spectre toujours plus large de canaux : Internet, PMV, radios, télévisions, terminaux embarqués, réponse téléphonique… Peu à peu, depuis la création d’un service d’information routière en 1966 qui débouchera sur celle du fameux PC de Rosny-sous-Bois, son contenu s’est également enrichi. "Aujourd’hui, l’information routière répond à trois grands principes, explique Jean Panhaleux, directeur adjoint de la Direction de la sécurité et de la circulation routières : disposer des données permettant d’apprécier l’état de la circulation actuel et prévisible ; mettre à disposition du plus grand nombre l’exploitation de ces données par les moyens les plus performants ; veiller à la cohérence et l’homogénéité des informations diffusées selon la nature des réseaux et l’importance des perturbations." Depuis 1976, Bison futé établit des prévisions de circulation, afin de répartir dans l’espace et dans le temps les flux de circulation ; et rend compte en temps réel des conditions de circulation et des événements survenant sur les routes.
Une information prévisionnelle
Pour les pouvoirs publics, ces informations prévisionnelles et en temps réel sont décisives pour la sécurité et la gestion du trafic. En connaissant le plus tôt possible un événement ou en prévoyant les périodes de très fort trafic, les services en charge de la circulation routière peuvent informer les usagers sur les encombrements et les dangers potentiels. "L’information routière est aussi indispensable pour rechercher un meilleur écoulement des flux de circulation, commente Jean Panhaleux. Avant le déplacement, l’information prévisionnelle permet d’orienter les usagers vers des itinéraires et/ou des périodes favorables. En temps réel, elle autorise des conseils plus ou moins directifs de la part des autorités selon la gravité des situations de perturbations. Par exemple, lors de des périodes hivernales difficiles qui imposent des mesures de régulation des trafics."
Objectif sécurité
Pour l’usager, l’information routière est avant tout synonyme de confort et de gain de temps. Moins de temps il passera dans les bouchons, mieux il s’en portera. "Les conducteurs peuvent ainsi être plus vigilants, adapter leur conduite, évaluer leur temps de trajet, et adopter une conduite plus apaisée", explique Jean Panhaleux. Pour la collectivité, elle peut se traduire par des millions d’heures économisées chaque année. Et pour les deux, elle est aussi un levier d’amélioration de la sécurité routière. "Lorsque l’usager dispose d’une information fiable sur le temps de trajet, comme avec Coraly (Coordination et régulation du trafic sur les voies rapides de l’agglomération lyonnaise), il est beaucoup moins stressé. Il se fait à l’idée d’être en retard, change son emploi du temps ou prévient la personne avec qui il a rendez-vous. Il prendra alors moins de risque et aura une conduite plus apaisée", commente Jacques Nouvier, responsable du pôle gestion du trafic et télématique au Certu (Centre d’études sur les réseaux de transport et l’urbanisme). "Néanmoins, il est vrai que le lien direct entre information routière et sécurité routière est très difficile à mettre en évidence...", prévient-il. Autre effet de l’information routière en temps réel : la maîtrise des accidents en queue de bouchon et des "suraccidents". "Des accidents sont liés à l’effet de surprise des usagers, qui passent brutalement d’une situation de trafic fluide à un trafic à l’arrêt sous l’effet d’un bouchon ou d’un accident, explique Marie-Thérèse Goux, adjoint au sous-directeur adjoint de l’exploitation et de la sécurité de la route à la Sécurité routière. Si l’automobiliste en est informé à temps en amont, il modifie sa conduite à l’approche de la perturbation." Enfin, les mesures de gestion du trafic, programmées à partir d’informations prévisionnelles ou décidées grâce au recueil d’information temps réel, contribuent à rendre le trafic moins "turbulent", évitant ainsi la conduite en accordéon, et permettant une conduite plus souple, moins propice aux accidents.
L’enjeu de la modernité
Ces vertus de l’information routière exigent toutefois que celle-ci soit fiable, précise et accessible au plus grand nombre. C’est tout l’enjeu du Schéma directeur de l’information routière (SDIR) 2000-2010 (cf. article ci-dessous). "L’objectif est de faire évoluer Bison futé vers le concept de "partenaire de tous les trajets", poursuit Frédéric Peronny, du Centre national d’information routière (CNIR). Aux informations prévisionnelles, nous ajoutons les photographies instantanées de ce qui se passe sur les routes pour prévenir l’usager de toutes les perturbations qu’il va rencontrer et le conseiller en temps réel sur les itinéraires qu’il doit emprunter. Cette exhaustivité n’est possible que grâce à la généralisation des équipements de recueil automatique des données (boucles de comptage, caméras, détecteurs automatiques d’incidents…) sur les principaux axes, comme il en existe déjà dans les grandes agglomérations, sur les autoroutes concédées et sur 2500 km du réseau routier national." 10000 km doivent être ainsi équipés dans les années à venir qui s’ajouteront aux 10000 km existants.
À la pointe de la technologie
Autre nécessité pour atteindre les ambitions de temps réel du SDIR (Schéma directeur d’information routière) : la refonte du système d’information actuel devenu obsolète et qui réunit des applications qui se sont juxtaposées au fil des années et qui ont du mal à communiquer entre elles. "Nous devons rebâtir ses fondations afin de pouvoir tenir les objectifs d’exhaustivité du recueil des données du SDIR et de rapidité de circulation de l’information du terrain jusqu’à l’usager. C’est l’objectif du projet Pamir (plan d’action du ministère pour l’information routière) qui est une démarche de pilotage de l’informatique appliquée au domaine de l’information routière", indique Éric Bourlès, chargé de mission transports intelligents et information routière au ministère de l’Équipement et chef du projet. Ce chantier rénovera l’architecture de toute l’information routière autant que les applications du Centre national d’information routière et des Centres régionaux d’information et de coordinations routières (CRICR). Ce qui exige au passage de définir comment se parleront les outils de tous les acteurs de l’information routière, avec quels protocoles et quel vocabulaire commun. Autre obligation : veiller à ce que tous (CRICR, CNIR, CIGT (Centre d’ingénierie et de gestion du trafic), forces de l’ordre sur le terrain…) localisent les événements selon les mêmes critères géographiques et à partir de cartes mises à jour en même temps dans tous les outils et jusque sur le site Web de Bison futé. Enfin, il s’agit d’associer également les partenaires du service public qui collectent, produisent ou diffusent de l’information routière à partir des données publiques.
Une information routière pour tous
Service public oblige, le SDIR affiche également la volonté d’"assurer un service de référence permettant au plus grand nombre l’accès à l’information de sécurité pour un coût modique". "Dans ce but, conclut Marie-Thérèse Goux, le SDIR privilégie quatre vecteurs d’information : les PMV, les services Web (Bison futé est actuellement en cours de rénovation, voir la Revue n° 142), les services Audiotex et la radio. L’objectif pour ce dernier vecteur est de diffuser de l’information sur l’ensemble du réseau routier national en s’appuyant sur les radios locales et sur la fréquence 107.7 déjà utilisée par les autoroutiers." Enfin, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, le SDIR précise que l’information sera mise à la disposition des opérateurs privés qui pourront développer une offre complémentaire. Comme toute politique publique, le Schéma directeur de l’information routière fera l’objet d’un programme d’évaluation qui portera sur deux thèmes : la congestion et la sécurité routière. Il associera des chercheurs d’organismes tels que l’Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité) ou encore le Setra (Service d’études techniques des routes et autoroutes).
> Pour en savoir plus : le site de Bison Futé
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Le "temps réel" au sens strict n’existe pas en matière d’information routière. L’objectif du SDIR est de s’en rapprocher le plus possible selon les critères suivants :
• État et densité du trafic, temps de parcours : diffusion à l’usager dans les six minutes à compter de l’extraction des données des systèmes de surveillance automatique.
• Accidents, perturbation et coupures : diffusion dans les vingt minutes à compter de la détection ou de la connaissance de l’événement par un personnel qualifié.
• Synthèse des conditions de circulation : diffusion régulière avec une actualisation toutes les deux à trois heures.
- Le Schéma directeur de l’information routière
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Le SDIR (cf reportage de la revue n° 133) a pour ambition, à partir d’une stratégie de mise en œuvre du service d’information routière, de veiller à la continuité et à la cohérence de son développement sur les réseaux concernés. La stratégie consiste à offrir le service sur les axes les plus circulés, où les perturbations sont fréquentes et où les conséquences sont les plus préjudiciables à la sécurité et à la fluidité de la circulation. Ce déploiement est rendu possible grâce aux nouvelles technologies de surveillance des conditions du trafic et de transmission des données en temps réel à travers notamment ce que l’on appelle les ITS (Intelligent Transport System). Mais il requiert également une amélioration des pratiques et des outils permettant aux services de traiter ces données afin de produire une information plus fiable, plus rapide, plus homogène.
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