Quelle est votre mission en tant que chef de projet sécurité routière ?
Le chef de projet assure un rôle de pilotage des deux grands volets de la politique locale de la sécurité routière: le contrôle, au travers du plan de contrôle départemental, et l’animation du réseau Sécurité routière. C’est l’un des nombreux dossiers dont un directeur de cabinet a la charge. Mais c’est probablement l’un des plus récurrents. Il ne passe pas une journée sans que je ne lui consacre entre une demi-heure et une heure, parfois plus.
Quelle est votre action sur le volet contrôle ?
Chaque mois, je préside le comité de pilotage du plan de contrôle qui réunit les procureurs, les officiers de police et de gendarmerie, la direction départementale de l’Équipement, les services du Conseil général et les pompiers. Nous dressons le bilan de l’accidentologie du mois en analysant chaque accident mortel et effectuons le bilan du plan de contrôle du mois passé. Ce travail très conjoncturel permet de réorienter les priorités de la politique répressive de façon très réactive en fonction des accidents constatés. Par exemple, de concentrer nos efforts ponctuellement sur les poids lourds ou les deux-roues. La direction de l’Équipement – ou le Conseil Général si l’une de ses routes est concernée – peut également réagir très rapidement dans le cas où un accident révèle un problème d’infrastructure. Enfin, à l’issue du comité, nous communiquons chaque mois aux médias les axes de priorité fixés. Le mois dernier, les usagers ont, par exemple, été prévenus que nous mettrions l’accent sur le port de la ceinture, l’un des points noirs du département. La politique répressive devient alors préventive et pédagogique.
Votre positionnement au niveau de la préfecture est-il un atout ?
Oui. Pour être efficace, la coordination de la sécurité routière au niveau local doit être interministérielle comme elle l’est au plan national. Le fait que ce soit le directeur de cabinet du préfet qui en ait la responsabilité permet d’avoir une certaine autorité fonctionnelle sur l’ensemble des services de l’État. Les relations avec les procureurs ne sont aussi pas les mêmes avec un directeur de cabinet qu’avec un chef de service d’un service de l’État. Et le phénomène est le même avec les collectivités locales.
Comment travaillez-vous avec celles-ci ?
La coopération est très étroite avec le Conseil Général qui est très impliqué dans la sécurité routière en tant que gestionnaire de réseau. Le travail avec les municipalités est en revanche plus difficile. Certaines s’impliquent, car un adjoint a vécu personnellement une situation difficile, d’autres considèrent que la sécurité routière est l’affaire de leur seul adjoint à la voirie. Le maire est pourtant le premier contact avec la population et peut mener de nombreuses actions en termes de pédagogie, de transports… Pour cette raison, développer la coopération avec les municipalités est l’une de mes priorités pour 2005.
Comment s’organise l’animation du réseau Sécurité routière ?
Je préside tous les deux ou trois mois le pôle de compétences départemental qui réunit l’ensemble des chefs de service de l’État: Justice, Éducation nationale, Équipement, Jeunesse et Sports, DDASS, police et gendarmerie, Agriculture et Forêts… Sur l’Hérault, notre partenaire privilégié est sans nul doute l’Inspection académique, plus de 40% du budget de prévention du département étant dépensé au sein des établissements scolaires, afin de sensibiliser les conducteurs de demain. Nous travaillons aussi étroitement avec la direction de la Jeunesse et des Sports et ses relais : les points d’information jeunesse et les clubs sportifs. Cette instance est également l’occasion de mobiliser les services de l’État pour qu’ils incitent leur personnel à montrer l’exemple (allumage des feux de croisement le jour, par exemple). J’ai également un rôle d’animation auprès des IDSR (intervenants départementaux de la sécurité routière), qui représentent l’autre composante du réseau et qui sont des volontaires (fonctionnaires, motards, médecins, personnes issues du milieu associatif…) qui ont envie d’agir. Le chef de projet doit veiller à leur coordination, leur formation et leur information. Enfin, le réseau rassemble les enquêteurs du programme "Comprendre pour agir" à qui j’envoie régulièrement une lettre de mission à l’issue des comités de pilotage du plan de contrôle où sont définis les accidents devant faire l’objet d’une enquête approfondie.
Qu’attendez-vous de la réforme de la politique locale ?
Nous venons de former les enquêteurs du programme "Comprendre pour agir" et la liste des IDSR est en cours de validation. L’ancien dispositif donnait de très bons résultats dans certains départements et de moins bons dans d’autres parce que le message diffusé n’était pas toujours cohérent et cadré. L’objectif de la réforme est de rassembler tous les acteurs autour des mêmes enjeux de sécurité routière du département, tels qu’ils sont définis dans le DGO (Document global d’orientation) et dans sa déclinaison annuelle que constitue le PDSAR (Plan départemental des actions de sécurité routière).
Quel est le bilan de l’action locale de ces dernières années sur le département ?
En passant de 172 morts en 2002 à 101 en 2004, l’Hérault a enregistré un recul très sensible des accidents mortels. Nous avons convaincu les gens qu’il était facile de convaincre, de se comporter de façon raisonnable et responsable. Reste les autres… Nous devons faire en sorte que les comportements changent grâce à l’action pédagogique auprès des jeunes, et poursuivre encore et toujours, sans relâchement, les efforts de répression.
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