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Accueil > La revue "Sécurité Routière"  > n° 143 > Renforcer la sécurité des infrastructures
Dossier
Renforcer la sécurité des infrastructures

De même que le comportement des usagers ou que les véhicules, les infrastructures peuvent avoir une incidence sur les accidents. Pour limiter son impact au minimum, la France a conçu la méthode "SURE" (sécurité des usagers sur les routes existantes), destinée aux maîtres d’ouvrage des routes pour optimiser leur action sur le terrain. Entretien avec des responsables de la direction de la sécurité et de la circulation routières.


Photo : lors du CISR du 7 juillet 2004, Gilles de Robien, ministre des Transports, a présenté les cartes routières des accidents graves mises en ligne sur le site de la Sécurité routièreDepuis trois ans, la politique française de sécurité routière est fondée sur deux axes complémentaires et indispensables pour obtenir des résultats immédiats tout en les inscrivant dans la durée : le respect de la règle et la prévention. Un accident étant le résultat d’un dysfonctionnement d’un système impliquant un conducteur dans un véhicule sur une route, il est nécessaire d’agir sur chacun de ces éléments. "L’analyse de l’accidentalité révèle que le facteur “infrastructures” est présent dans 42 % des accidents mortels, confie Jean Panhaleux, directeur adjoint de la DSCR (Direction de la sécurité et de la circulation routières). Il apparaît donc légitime de regarder ce qui au nom de l’infrastructure peut contribuer à améliorer la sécurité routière, éviter des accidents, mais lorsqu’ils surviennent faire en sorte que leurs conséquences ne soient pas aggravés". Autre vertu à attendre de l’amélioration de l’infrastructure : l’aspect que l’on donne à une route, sa lisibilité ou sa signalisation constituent autant de leviers pour aider le conducteur à respecter les règles.

De l’expérimentation à la généralisation
Dans sa volonté de poursuivre les efforts engagés dans la lutte contre l’insécurité routière, le gouvernement a souhaité donner un nouvel élan à la politique d’amélioration de la sécurité des infrastructures au travers de la démarche SURE (Sécurité des usagers sur les routes existantes). Le CISR (Comité interministériel de la Sécurité routière) du 7 juillet 2004 a annoncé son lancement. Le 1er septembre de la même année, les directeurs de la Direction des routes et de la DSCR signaient la circulaire organisant son déploiement à l’ensemble du réseau routier national non concédé. Comme son nom l’indique, la démarche SURE concerne les routes existantes et non les futures infrastructures. Ces dernières font l’objet de normes de conception et de production qui prennent en compte la sécurité des usagers. "Par le passé, la route a été considérée davantage en tant qu’objet physique et sous un angle patrimonial, poursuit Jean Panhaleux. L’urgence était de construire une route, après quoi il était nécessaire de l’entretenir pour la conserver en bon état. Cette conservation du patrimoine participait bien sûr à la sécurité routière, mais celle-ci n’était pas une priorité et n’était pas étudiée sous tous ses aspects." Or, si une route ne tue pas, en revanche le danger peut se trouver à chaque instant sur son parcours.

Réalisme et pragmatisme
Obstacles latéraux, configuration des virages, adhérence du revêtement, zones de transition trop courtes entre deux portions aux limitations de vitesse différentes… les facteurs de risque sont nombreux. C’est ce à quoi la démarche SURE souhaite s’attaquer. Mais ni partout ni d’une façon normative, à l’instar d’autres approches soutenues par les automobile clubs européens et certains pays. Dans le meilleur des mondes, il serait séduisant de remettre à des normes de sécurité tous les ouvrages en France : ce serait sans doute un gaspillage d’argent public et par ailleurs les financements ne le permettent évidemment pas. D’où la volonté de concentrer les efforts là où les aménagements seront les plus efficaces, autrement dit là où l’accidentalité qui met en jeu l’infrastructure est la plus élevée. À ce premier principe fondateur de la démarche SURE vient s’ajouter le pragmatisme. La circulaire du 1er septembre 2004 est explicite à ce sujet. "La démarche a pour ambition de privilégier la mise en œuvre de solutions pragmatiques relevant de l’aménagement de la route, mais aussi de l’entretien et de l’exploitation, et de préconiser des actions susceptibles de s’intégrer dans l’activité courante des services déconcentrés." Il ne s’agit donc pas d’appliquer à des routes existantes des normes irréalistes sur le plan technique et financier, mais de mettre en œuvre sur chaque itinéraire retenu des actions sur mesure permettant de supprimer les facteurs de risque présents sur le terrain. La France n’est pas la seule à travailler dans cette optique, l’Allemagne la défend également. Les deux pays coopèrent d’ailleurs étroitement sur ce thème et partagent leurs connaissances et leurs expériences.

Améliorer les dispositifs précédemment mis en place
Une autre caractéristique essentielle de la démarche SURE est de s’inscrire dans la continuité des politiques passées. La volonté de renforcer la sécurité des infrastructures n’est pas nouvelle. Il y a une vingtaine d’années fut engagée la politique des "points noirs" qui consistait – déjà – à traiter les sites les plus accidentogènes. De cette époque date, par exemple, le développement des carrefours giratoires. Si l’approche a été efficace pour traiter des points singuliers, elle a eu pour conséquence de révéler une accidentalité plus diffuse. D’où l’émergence, au milieu des années 1990, d’une nouvelle logique centrée sur des itinéraires et portée par les PRAS (plans régionaux d’aménagement de sécurité). Ces outils que la démarche SURE remplacera progressivement permettent de hiérarchiser et de programmer les interventions en fonction de l’analyse de l’accidentalité constatée. Toute ressemblance avec la méthode SURE n’est ni fortuite ni involontaire. Mais où réside alors la nouveauté de cette dernière ? "La démarche SURE a tiré profit de toutes ces expériences pour parvenir à proposer une méthode formalisée, uniformisée et pertinente d’analyse des risques et de définition d’actions à mettre en œuvre, conclut Jean Panhaleux. Désormais les services déconcentrés partagent des outils communs et suffisamment complets pour être efficaces, mais qui tiennent compte aussi du pragmatisme et du réalisme de l’action sur le terrain." Des outils qui, par leur caractère général, ne sont d’ailleurs pas destinés qu’aux seuls services de l’État en charge du réseau routier national. Comme le rappelle la circulaire du 1er septembre dernier, la démarche SURE peut être appliquée par les collectivités territoriales, maîtres d’ouvrage des autres réseaux. En perspective du transfert à ces derniers d’une partie du réseau national dans le cadre de la décentralisation, les services déconcentrés de l’État sont incités à "adopter une attitude ouverte vis-à-vis des collectivités et à les associer au déroulement des études". Afin que les usagers qui passent d’une route à l’autre sans se poser la question de l’identité de son gestionnaire puissent rouler en toute sécurité.

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  • 3 questions à Patrice Parisé, directeur des routes au ministère de l’Equipement

Comment la démarche SURE s’insère-t-elle dans l’ensemble des actions nationales qui sont menées sur la sécurité des routes ?
La politique de sécurité menée pour les infrastructures du réseau routier national repose sur trois axes complémentaires.
• D’une part, la réalisation de programmes d’investissement. La construction d’autoroutes, la mise à 2x2 voies de routes existantes, les aménagements de carrefours, la réalisation de contournements urbains participent fortement à l’amélioration de la sécurité globale du réseau routier national. La conception et la réalisation de ces projets font l’objet de contrôles stricts et formalisés sous l’angle de la sécurité de la part d’auditeurs spécialement formés à cet effet.
• D’autre part, l’entretien courant et la réhabilitation des routes existantes. L’État y consacre près de 600 M€ par an. Ces actions permettent de conserver le patrimoine routier en bon état et de renforcer la sécurité (entretien des revêtements des chaussées pour maintenir l’adhérence, mise en place de marquages pour améliorer la lisibilité de la route, fauchage des accotements pour préserver la visibilité, viabilité hivernale pour assurer la praticabilité du réseau en hiver).
• Enfin, en complément de l’entretien courant, des démarches spécifiques d’amélioration de la sécurité des routes sont menées pour réduire l’accidentalité (plans régionaux, aménagements d’initiatives locales, actions spécifiques de mise en place de glissières motos et de traitement des obstacles latéraux). La démarche SURE s’inscrit dans cette politique.

Quels sont les enjeux de la démarche SURE ?
L’objectif est de faire mieux et plus pour la sécurité des usagers des routes nationales existantes et de démontrer l’efficacité de la démarche pour qu’elle ait valeur d’exemple pour les autres gestionnaires de réseaux. On sait d’expérience que procéder pour les routes existantes, à des aménagements visant à mettre les routes en conformité à des normes techniques n’est pas la méthode la plus efficace. Cela coûte en effet très cher et les résultats obtenus sont faibles. Il est préférable de traiter prioritairement les axes où l’accidentalité est anormalement élevée en ayant une connaissance, aussi précise que possible, de la façon dont les accidents s’y produisent, de manière à apporter les bonnes solutions. C’est en procédant ainsi que l’on peut obtenir les meilleurs gains de sécurité. La démarche SURE est bâtie sur ces principes.

Quand seront visibles sur le terrain les premiers résultats concrets de la démarche SURE, sur les itinéraires pilotes et dans le reste de la France ?
Dès l’été 2005, les premières actions seront visibles sur la quinzaine d’itinéraires pilotes sur lesquels la méthode a été testée. La démarche SURE est actuellement déployée sur tout le réseau national avec la réalisation d’études d’enjeux pilotées par les DRE. Les résultats de cette première phase d’études seront disponibles cet été et permettront de distinguer les tronçons sur lesquels les gains potentiels de sécurité sont significatifs. Des diagnostics de sécurité, suivis de plans d’actions, seront alors réalisés. À partir de 2006 des actions seront mises en œuvre sur ces tronçons et viendront compléter celles engagées sur les 15 premiers itinéraires.

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  • Un double pilotage


Le pilotage de la démarche SURE est assuré conjointement par la DSCR (Direction de la sécurité et de la circulation routières) et la DR (Direction des routes). La première au titre de sa politique "sécurité routière" qui s’applique à tout le territoire quel que soit le réseau, la seconde en tant que gestionnaire et maître d’ouvrage du réseau routier national. À ce titre, comme du reste les autres maîtres d’ouvrage routiers (départements et communes), elle est responsable de la sécurité de ses infrastructures et des actions qu’elle entend mettre en œuvre sur son réseau. Représentées depuis le début dans la démarche, les deux directions participent aux instances de pilotage du projet : comité de pilotage et comité technique.

[1] C’est-à-dire les accidents comptabilisant au moins un tué ou une personne gravement blessée.

 
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Repères


• 2003 et 2004 : expérimentations sur 15 itinéraires pilotes.

• 7 juillet 2004 : le CISR (Comité interministériel de la Sécurité routière) annonce le lancement de la démarche.

• 1er septembre 2004 : une circulaire demande aux DDE de s’engager dans le démarrage.

• Octobre à décembre 2004 : présentation et premières formations dans les services déconcentrés.

• 2005 : concrétisation de la démarche sur 15 itinéraires pilotes et généralisation de SURE à l’ensemble du réseau routier national.

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