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Accueil > La revue "Sécurité Routière"  > n° 139 > Somnolence au volant… connaissez-vous les risques ?
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Somnolence au volant… connaissez-vous les risques ?
Alcool, vitesse, oubli de la ceinture de sécurité, à côté de ces facteurs d’accident bien identifiés, il en existe un autre, moins connu mais également meurtrier : les troubles de la vigilance* et du sommeil. Gros plan sur un véritable problème de santé publique.


Photo : la somnolence au volant Selon une enquête Sofres [1], en France, sept personnes sur dix dé clarent ressentir des périodes de somnolence* dans la journée. Plus grave, une personne sur 5 tend à s’endormir de façon involontaire. D’après le Pr Patrick Levy, président de l’Institut du sommeil et de la vigilance [2], en France, 2,5 millions de personnes [3] sont concernées et présentent des troubles diurnes allant de la simple baisse d’attention, à l’endormissement brutal et incontrôlable. Deuxième cause majeure de somnolence dans la journée, les médicaments. Ceux qui altèrent la vigilance sont nombreux, à commencer par les psychotropes, dont la France est le premier consommateur en Europe. En troisième position, le manque de sommeil. Il peut être consécutif à un événement ponctuel (surcroît de travail, sortie). Il peut aussi être chronique, à l’exemple de la dette de sommeil* accumulée par les 5 à 6 millions de salariés qui travaillent en horaires décalés. Mais ce ne sont pas les seuls : la mauvaise gestion du rythme activité-repos est très fréquente, surtout chez les 18-25 ans. En moyenne, les Français dorment une à deux heures de moins qu’ils ne le devraient.

Attention, danger
Dès que le niveau de vigilance d’un individu baisse, sa perception des informations est altérée. Face à une situation où il doit réagir rapidement, il le fera de façon inappropriée ou tardive. Il risque donc l’accident, aussi bien au travail que sur la route. Selon une étude menée par le Dr Pierre Philip [4], le manque de sommeil affecte de façon significative le temps de réaction lors d’un long trajet (neuf heures de conduite). Il peut être augmenté de 650 millisecondes, ce qui représente sur autoroute, une distance de 23 mètres à 130 km/h sur chaussée sèche. Au final, conduire en état de somnolence multiplie par huit le risque d’avoir un accident corporel [5]. "Sans aller jusqu’à s’endormir au volant, les insomniaques présentent souvent des troubles de l’attention", souligne le Pr Lévy. Et leur risque d’avoir un accident est multiplié par cinq", conclut-il.

Une menace omniprésente
D’après le Dr Philip, en France 10% des accidents relèvent de la fatigue au volant [6]. Et sur autoroute, un cas d’accident mortel sur trois est lié à un problème d’hypovigilance* selon les dernières statistiques de l’ASFA [7] . "L’implication d’un seul véhicule et l’absence de trace de freinage sont typiques d’une hypovigilance. Le conducteur perd le contrôle de son véhicule et percute un obstacle à pleine vitesse", précise le Dr Alain Muzet, directeur de recherche au CNRS. "L’engrenage de l’hypovigilance peut concerner tout le monde, parce que tout le monde n’a pas dormi huit heures avant de prendre le volant", insiste-t-il. Le grand public en est-il conscient ? Rien n’est moins sûr. À la question : "au cours des trois derniers mois, vous est-il arrivé de somnoler au volant ?" 1, 6 % des Français répondent "oui". "Vous êtes-vous arrêtés?" 2% répondent "non". La somnolence n’est pas une infraction au Code de la route.

> Pour en savoir plus :
L’enquête TNS Sofres
Le compte rendu de la Journée du sommeil

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La prise de conscience du risque de la somnolence au volant est-elle suffisante aujourd'hui ?
Non. Les pouvoirs publics et les entreprises commencent à peine à s’intéresser à ce problème. Les troubles du sommeil et de la vigilance sont encore largement méconnus par la population, et sous-diagnostiqués. Le dépistage au sein des commissions médicales du permis de conduire est faible, et la formation des médecins généralistes insuffisante. Au cours de ses études, le futur médecin a deux heures de cours obligatoires sur ce sujet ! Mais nous venons de faire un premier pas en organisant un colloque sur ce sujet.

Est-ce une spécificité française ?
Nous avons pris du retard par rapport à d’autres pays, comme les États-Unis, qui ont reconnu la spécialité de médecine du sommeil, encouragé la recherche et favorisé la mise en place d’un réseau de soins dès les années 1980. En France, les travaux et les actions existent, mais ils restent isolés. De même, la prise en charge médicale de ces troubles est encore embryonnaire.

Comment faire avancer les choses ?
Il faut encourager la recherche et les études épidémiologiques sur le sujet. Il convient également de renforcer l’enseignement pour les conducteurs et futurs conducteurs, mais également pour les médecins. Il faut enfin développer un réseau de soins à même d’améliorer le dépistage et le traitement des personnes atteintes de ces troubles par la médecine du travail et au sein d’unités de soins spécialisées. La médecine du sommeil est avant tout une médecine de prévention. Les voies de progrès sont donc à rechercher dans l’information et la sensibilisation du grand public et des professionnels pour faire évoluer les comportements.

Richard Dell’agnola est président du groupe d’études sur la route et la sécurité routière de l’Assemblée nationale.

Le colloque parlementaire "Troubles du sommeil, vigilance et accidents : un enjeu de santé publique" a été organisé le 29 janvier dernier à l’Assemblée nationale, à l’initiative de Richard Dell’Agnola, député du Val-de-Marne et en collaboration avec le Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu (Paris) et la clinique du sommeil du CHU Pellegrin (Bordeaux).

> Pour en savoir plus : Pour les actes du colloque, contactez Michely Christelle, Tél. : 04 44 91 58 72, prix de l’ouvrage : 31 euros

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  • Glossaire
*Vigilance :
État où un individu est capable d’une surveillance attentive de son environnement et peut réagir de façon appropriée. C’est l'état de réactivité dans lequel on se trouve quand on est éveillé. Son niveau baisse de façon physiologique à certains moments de la journée (début d’après-midi).

*Hypovigilance :
on parle d’hypovigilance quand l’attention baisse ou est détournée pour diverses raisons qui vont de la distraction à la somnolence.

*Somnolence :
difficulté à se maintenir éveillé. Elle est normale en fin de journée ou après le déjeuner, ou s’il existe un déficit de sommeil (après une nuit blanche). En dehors de cette circonstance, on parle d’hypersomnie, ou de somnolence diurne excessive. Elle peut témoigner d'une maladie et doit faire consulter un centre spécialisé.

*Dette de sommeil :
Toute restriction de sommeil, volontaire ou imposée, augmente la somnolence le lendemain. Une légère restriction de sommeil, répétitive et régulière, provoque une accumulation de la somnolence diurne.

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  • L’accidentologie en chiffres
L’effet de la somnolence sur les accidents est très difficile à évaluer. La raison principale est que les scientifiques ne savent pas mesurer le niveau de somnolence. En revanche, ils savent mesurer l'effet d'une privation de sommeil sur la capacité de conduire dans des situations expérimentales où ils peuvent "contrôler" la quantité de sommeil des conducteurs. De ce fait, le surrisque lié à la somnolence en situation de circulation fait l'objet d'évaluation assez diverses suivant les auteurs même s'il y a un consensus général pour reconnaître globalement l'effet très négatif de la somnolence sur les accidents.

[1] Enquête TNS Sofres réalisée pour l’Institut du sommeil et de la vigilance, en février 2004, auprès d’un échantillon national représentatif de 959 individus âgés de 18 ans et plus.
[2] L’Institut du sommeil et de la vigilance est une association nationale qui s’attache à faire reconnaître le sommeil et ses pathologies comme une composante de santé publique.
[3] Chiffre extrait du compte rendu du Pr Lévy lors de la Journée sur le sommeil (17 mars 2004) "La somnolence, un symptôme majeur négligé".
[4] "Philip et Al in Fatigue, sleep restriction, and performance in automobile drivers : a controled study in a natural environment", Sleep, vol.26, n° 3, p. 280, 2003. cf. également le numéro 134 de la Revue de la Sécurité routière, avec l’interview du Dr Philip.
[5] Connor et Al in British medical journal 2002.
[6] Philip in Bristish medical journal, 2001.
[7] Études statistiques 2002 de l'Association des sociétés françaises d'autoroutes et d'ouvrages à péage, (ASFA).

 
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10%
des accidents en France sont causés par la fatigue au volant.
(Dr Philip in Bristish medical journal, 2001)

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