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Selon une enquête
Sofres [1], en
France, sept personnes sur dix dé clarent ressentir
des périodes de somnolence*
dans la journée. Plus grave, une personne sur 5 tend
à s’endormir de façon involontaire. D’après
le Pr Patrick Levy, président de l’Institut
du sommeil et de la vigilance [2],
en France, 2,5 millions de personnes [3]
sont concernées et présentent des troubles diurnes
allant de la simple baisse d’attention, à l’endormissement
brutal et incontrôlable. Deuxième cause majeure
de somnolence dans la journée, les médicaments.
Ceux qui altèrent la vigilance sont nombreux, à
commencer par les psychotropes, dont la France est le premier
consommateur en Europe. En troisième position, le manque
de sommeil. Il peut être consécutif à
un événement ponctuel (surcroît de travail,
sortie). Il peut aussi être chronique, à l’exemple
de la dette de sommeil*
accumulée par les 5 à 6 millions de salariés
qui travaillent en horaires décalés. Mais ce
ne sont pas les seuls : la mauvaise gestion du rythme activité-repos
est très fréquente, surtout chez les 18-25 ans.
En moyenne, les Français dorment une à deux
heures de moins qu’ils ne le devraient.
Attention, danger
Dès que le niveau de vigilance d’un individu
baisse, sa perception des informations est altérée.
Face à une situation où il doit réagir
rapidement, il le fera de façon inappropriée
ou tardive. Il risque donc l’accident, aussi bien au
travail que sur la route. Selon une étude menée
par le Dr
Pierre Philip [4],
le manque de sommeil affecte de façon significative
le temps de réaction lors d’un long trajet (neuf
heures de conduite). Il peut être augmenté de
650 millisecondes, ce qui représente sur autoroute,
une distance de 23 mètres à 130 km/h sur chaussée
sèche. Au final, conduire en état de somnolence
multiplie par huit le risque d’avoir un accident corporel
[5]. "Sans
aller jusqu’à s’endormir au volant, les
insomniaques présentent souvent des troubles de l’attention",
souligne le Pr Lévy. Et leur risque d’avoir un
accident est multiplié par cinq", conclut-il.
Une menace omniprésente
D’après le Dr Philip, en France 10% des accidents
relèvent de la fatigue au volant [6].
Et sur autoroute, un cas d’accident mortel sur trois
est lié à un problème d’hypovigilance*
selon les dernières statistiques de l’ASFA
[7] . "L’implication
d’un seul véhicule et l’absence de trace
de freinage sont typiques d’une hypovigilance. Le conducteur
perd le contrôle de son véhicule et percute un
obstacle à pleine vitesse", précise le
Dr Alain Muzet, directeur de recherche
au CNRS.
"L’engrenage de l’hypovigilance peut concerner
tout le monde, parce que tout le monde n’a pas dormi
huit heures avant de prendre le volant", insiste-t-il.
Le grand public en est-il conscient ? Rien n’est moins
sûr. À la question : "au cours des trois
derniers mois, vous est-il arrivé de somnoler au volant
?" 1, 6 % des Français répondent "oui".
"Vous êtes-vous arrêtés?" 2%
répondent "non". La somnolence n’est
pas une infraction au Code de la route.
> Pour en savoir plus :
• L’enquête
TNS Sofres
• Le
compte rendu de la Journée du sommeil
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La prise de conscience du risque de
la somnolence au volant est-elle suffisante aujourd'hui ?
Non. Les pouvoirs publics et les entreprises commencent à
peine à s’intéresser à ce problème.
Les troubles du sommeil et de la vigilance sont encore largement
méconnus par la population, et sous-diagnostiqués.
Le dépistage au sein des commissions médicales
du permis de conduire est faible, et la formation des médecins
généralistes insuffisante. Au cours de ses études,
le futur médecin a deux heures de cours obligatoires
sur ce sujet ! Mais nous venons de faire un premier pas en
organisant un colloque sur ce sujet.
Est-ce une spécificité française
?
Nous avons pris du retard par rapport à d’autres
pays, comme les États-Unis, qui ont reconnu la spécialité
de médecine du sommeil, encouragé la recherche
et favorisé la mise en place d’un réseau
de soins dès les années 1980. En France, les
travaux et les actions existent, mais ils restent isolés.
De même, la prise en charge médicale de ces troubles
est encore embryonnaire.
Comment faire avancer les choses ?
Il faut encourager la recherche et les études épidémiologiques
sur le sujet. Il convient également de renforcer l’enseignement
pour les conducteurs et futurs conducteurs, mais également
pour les médecins. Il faut enfin développer
un réseau de soins à même d’améliorer
le dépistage et le traitement des personnes atteintes
de ces troubles par la médecine du travail et au sein
d’unités de soins spécialisées.
La médecine du sommeil est avant tout une médecine
de prévention. Les voies de progrès sont donc
à rechercher dans l’information et la sensibilisation
du grand public et des professionnels pour faire évoluer
les comportements.
Richard
Dell’agnola est président du groupe d’études
sur la route et la sécurité routière
de l’Assemblée nationale.
Le colloque parlementaire "Troubles
du sommeil, vigilance et accidents : un enjeu de santé
publique" a été organisé le
29 janvier dernier à l’Assemblée nationale,
à l’initiative de Richard Dell’Agnola,
député du Val-de-Marne et en collaboration avec
le Centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu (Paris) et
la clinique du sommeil du CHU Pellegrin (Bordeaux).
> Pour en savoir plus : Pour les actes
du colloque, contactez Michely Christelle, Tél. : 04
44 91 58 72, prix de l’ouvrage : 31 euros
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*Vigilance
:
État où un individu est capable d’une surveillance
attentive de son environnement et peut réagir de façon
appropriée. C’est l'état de réactivité
dans lequel on se trouve quand on est éveillé.
Son niveau baisse de façon physiologique à certains
moments de la journée (début d’après-midi).
*Hypovigilance
:
on parle d’hypovigilance quand l’attention baisse
ou est détournée pour diverses raisons qui vont
de la distraction à la somnolence.
*Somnolence
:
difficulté à se maintenir éveillé.
Elle est normale en fin de journée ou après
le déjeuner, ou s’il existe un déficit
de sommeil (après une nuit blanche). En dehors de cette
circonstance, on parle d’hypersomnie, ou de somnolence
diurne excessive. Elle peut témoigner d'une maladie
et doit faire consulter un centre spécialisé.
*Dette
de sommeil :
Toute restriction de sommeil, volontaire ou imposée,
augmente la somnolence le lendemain. Une légère
restriction de sommeil, répétitive et régulière,
provoque une accumulation de la somnolence diurne.
- L’accidentologie
en chiffres
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L’effet de la somnolence sur les accidents est très
difficile à évaluer. La raison principale est
que les scientifiques ne savent pas mesurer le niveau de somnolence.
En revanche, ils savent mesurer l'effet d'une privation de sommeil
sur la capacité de conduire dans des situations expérimentales
où ils peuvent "contrôler" la quantité
de sommeil des conducteurs. De ce fait, le surrisque lié
à la somnolence en situation de circulation fait l'objet
d'évaluation assez diverses suivant les auteurs même
s'il y a un consensus général pour reconnaître
globalement l'effet très négatif de la somnolence
sur les accidents.
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