Il
semble que la prévention du risque routier au travail
entre dans une nouvelle phase…
C’est un fait. En votant, le 5 novembre dernier, un
texte sur la
prévention du risque routier au travail, la Commission
des accidents du travail et des maladies professionnelles
a marqué un tournant dans cette démarche [2].
Pour la première fois, les partenaires sociaux, les
représentants des syndicats et des employeurs se sont
engagés unanimement sur des mesures précises
pour réduire les accidents de la route dans le cadre
du travail. Des mesures qui auront sans doute des implications
fortes à l’avenir. En tout cas, par cet accord,
un nouvel espace pour agir vient de s’ouvrir.
Mais qu’y a-t-il de neuf par rapport à
ce qui se faisait jusqu’à présent ?
On n’est plus dans le même registre. Au début,
la prévention du risque routier en entreprise était
à la fois peu formalisée et plutôt ancrée
sur les logiques locales des Cram
[3]. Il a fallu faire
converger ces démarches et les fédérer
dans un projet national, tout en conservant leurs richesses.
J’ai participé à ce mouvement avec la
DSCR (direction de la Sécurité et de la Circulation
routière) lorsque j’étais chargé
de ce dossier à l’INRS
[4]. Ensuite, à
mon arrivée à la CNAMTS, en 1999, j’ai
pu contribuer au rapprochement des préventeurs de la
Sécurité sociale et des pouvoirs publics. Nos
cultures étant différentes, cela n’a pas
toujours été simple, mais en décembre
1999, Gilles Evrard pour la CNAMTS et Isabelle Massin pour
la DSCR posaient la première pierre de l’édifice.
En cosignant une charte nationale, ils mettaient en place
un comité de pilotage et s’engageaient sur un
programme pour 2000-2001, avec des actions expérimentales
en région, l’élaboration d’outils
méthodologiques et l’organisation d’un
forum national. Un deuxième programme, pour la période
2002-2005, lui a succédé. Son objectif: poursuivre
et approfondir la démarche, accélérer
les recherches, préciser les bonnes pratiques, inciter
les entreprises à les mettre en œuvre.
De nouvelles chartes tripartites CNAMTS-Sécurité
routière-entreprises ont été signées.
Sont-elles différentes des précédentes
?
Il s’agit toujours, à travers l’engagement
d’entreprises qui font figure de "vitrines sociales"
telles Renault, Axa ou Cofiroute, de montrer à l’ensemble
des milieux professionnels ce que sont les bonnes pratiques.
Mais, dans le contenu, les nouvelles chartes vont beaucoup
plus loin. Celles de la première génération
avaient axé leurs actions sur les conducteurs et sur
l’idée qu’en les amenant à respecter
les règles du Code de la route, l’essentiel du
problème serait résolu. Cette fois, le risque
routier est abordé de façon beaucoup plus vaste.
Les chartes engagent à une prise en compte du problème
très en amont. L’idée que l’organisation
du travail constitue un point essentiel de la prévention
est désormais acquise. Même si les comportements
conservent toute leur importance, l’évitement
du risque (en réduisant les déplacements autant
que possible) et la réduction de l’exposition
au risque (en étudiant les moyens de transport alternatifs
et les itinéraires les moins dangereux, en faisant
circuler des véhicules plus sûrs) deviennent
les nouveaux enjeux centraux.
Le texte
du 5 novembre 2003, qui intègre ces notions, peut-il
représenter une contrainte pour les entreprises ?
Moins qu’un texte de loi, bien sûr… mais
il pourrait tout de même être retenu contre les
chefs d’entreprise qui ne le respecteraient pas. À
partir du moment où, par exemple, le texte adopté
par tous les partenaires sociaux préconise de ne pas
utiliser le téléphone portable au volant (même
avec un appareil mains libres), on peut imaginer ce qui se
passera le jour où un accident aura pour origine le
coup de fil d’un chef de service à un salarié
sur la route. Si l’affaire va en justice, le chef d’entreprise
risque en effet d’être condamné pour avoir
exposé son employé à des risques connus
et signalés. Cela fera jurisprudence. Et ce raisonnement
pourrait s’appliquer pour d’autres recommandations
du texte, comme le calcul du temps de déplacement (qui
doit tenir compte de la sécurité) ou la mise
à disposition de véhicules bien équipés
et entretenus.
Avez-vous le sentiment qu’il y a aujourd’hui
chez les salariés une prise de conscience du risque
routier professionnel ?
Je le pense en effet. De plus en plus de personnes semblent
avoir compris que la conduite dans le cadre professionnel
n’est pas un acte à part, une parenthèse
où le salarié n’aurait de compte à
rendre qu’à lui-même; c’est un acte
de travail à part entière. Et donc, soumis aux
mêmes règles de prévention des risques
professionnels que tous les autres actes de travail. Sans
doute le risque routier a-t-il des spécificités
– qu’il faut évidemment traiter –,
mais il n’est pas différent sur le fond. C’est
plutôt une bonne nouvelle, car cela signifie que toutes
les entreprises peuvent et doivent l’intégrer
dans leur démarche de prévention des risques
professionnels.
> Pour en savoir plus : les communiqués
de presse de la CNAMTS sur la prévention du risque
routier professionnel
- La formation des conducteurs
de véhicules légers
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Pour Jean Studer, s’il est un point du
chantier de la prévention du risque routier professionnel
à approfondir, c’est bien celui des véhicules
utilitaires légers! Il existe en effet pour les moins
de 3,5 tonnes un flou réglementaire qui, dit-il, n’est
guère favorable à la sécurité.
L’état de ces véhicules, qui ne sont pas
soumis aux mêmes contrôles techniques que les
poids lourds, laisse en effet à désirer. Quant
à la qualification de leurs conducteurs, elle est souvent
insuffisante. On ne leur demande rien d’autre qu’un
permis B, alors que les conducteurs de poids lourds ont l’obligation,
en plus du permis PL, d’avoir une formation spécifique
(FIMO/FCOS) [5].
Il serait donc urgent, explique Jean Studer, de mettre en
place un dispositif de formation professionnelle pour cette
catégorie de conducteurs. Et pas seulement pour les
sensibiliser au risque routier et au respect des règles
du Code de la route, mais pour leur permettre d’acquérir
une réelle compétence professionnelle de conduite. |