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Selon les statistiques de l’ONISR,
il y aurait eu 24 000 blessés graves sur les routes
françaises en 2002. C’est énorme…
mais trop peu précis : la définition du terme
"blessé grave" ne nous renseigne pas sur
la gravité des traumatismes subis et encore moins sur
leurs conséquences. En effet, le seul critère
retenu pour estimer la gravité des blessés est
"plus de six jours d’hospitalisation". Or,
comme le soulignait Régis Guyot dans un récent
rapport [1],
"certains d’entre eux vont mourir dans le délai
d’un mois ou plus ; d’autres vont se relever rapidement
et définitivement de leurs blessures ; d’autres
enfin vont rester handicapés à vie. Mais sur
la répartition des blessés graves entre ces
cas, il n’existe aucune statistique globale." À
ce jour, aucune étude statistique ou épidémiologique
nationale n’a été réalisée
sur le sujet.
Une source précieuse et des pistes de recherche
Une étude de l’Inrets
menée depuis 1995 dans le département du Rhône
ouvre toutefois une piste intéressante. Il s’agit
de la tenue d’un Registre
des victimes corporelles d’accidents de la circulation
routière, à partir des informations fournies
principalement par le réseau médical [2],
mais aussi les SDIS (services départementaux d’incendie
et de secours) et les familles des victimes. Plus de dix mille
victimes sont ainsi recensées annuellement (voir "Focus"
ci-contre). "Notre recherche devrait nous permettre,
à terme, de mieux connaître le devenir des grands
blessés de la route, explique le Dr Bernard Laumon,
qui pilote cette étude à l’Inrets. Aujourd’hui,
on a une connaissance très médiocre des différentes
catégories de blessés. On sait codifier la gravité
des blessures [3],
mais il serait bien plus intéressant de pouvoir la
mesurer en termes de séquelles et de conséquences.
Cette évaluation, il est vrai, est extrêmement
complexe. Les séquelles peuvent aller du préjudice
esthétique au coma prolongé en passant par ces
grands traumatismes qui maintiennent les personnes dans le
circuit médical – hôpital, rééducation,
réhospitalisation, etc. – sur de très
longues périodes…"
La violence routière s’exprime aussi
en nombre de handicapés
Le Registre du Rhône entend apporter cette connaissance
épidémiologique, offrant un aperçu de
la répartition des différentes catégories
de blessés et de leur devenir. Elle pourrait bientôt
même avoir valeur nationale : l’équipe
de l’Inrets travaille en effet, en parallèle,
sur la mise au point d’un modèle statistique
qui permettra, à partir des données du département,
d’obtenir une projection à l’ensemble du
territoire français. En tout cas, il n’est pas
question actuellement d’envisager la généralisation
d’un tel registre, trop coûteux, semble-t-il,
même si cela est réclamé par les médecins
et le milieu associatif. "Reste que l’enjeu de
cette étude est important, précise Bernard Laumon.
Si l’on dispose d’éléments fiables
sur le bilan des blessés, on pourra traduire la violence
routière non plus seulement en nombre des tués
mais aussi sous une forme trop souvent passée sous
silence et pourtant aussi redoutable : celle des handicapés
graves." En attendant, on peut tout de même avancer
des estimations. Bien qu’elles varient selon les sources,
il est probable que leur chiffre se situe à peu près
au même niveau que celui des tués. Soit six à
sept mille par an, dont un millier de traumatisés médullaires
(para- et tétraplégiques) et autour de cinq
mille traumatisés crâniens graves [4].
Des personnes, souvent jeunes, qui, d’une minute à
l’autre, voient leur vie basculer définitivement
dans le cauchemar. Et qui, d’année en année,
viennent grossir les rangs de cette masse silencieuse et souffrante.
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Avez-vous constaté des évolutions
sur le terrain ?
Oui. On le doit en priorité à la prévention
passive sur les véhicules. La ceinture de sécurité,
surtout, a tout changé : grâce à elle,
la traumatologie maxillo-faciale a quasiment disparu…
Les habitacles sont aussi plus protecteurs en cas de choc.
En revanche, nous récupérons de plus en plus
de grands blessés parmi les motards, souvent propulsés
à 150 km/h ou plus. Les collisions entre camions ou
4X4 – une mode dangereuse – et voitures légères
font aussi des dégâts croissants…
Les techniques médicales se sont améliorées…
Bien sûr. Désormais, nous disposons notamment
de techniques de réanimation et d’anesthésie
à mettre en place avant même que les blessés
soient sortis du véhicule accidenté. Cette prise
en charge précoce est bénéfique. Mais
elle nécessite un nombre suffisant de SMUR, ce qui
n’est pas assuré pour l’avenir.
Existe-t-il une menace sur ce point ?
À la fin des années 1990, il n’y avait
pas un endroit en France à plus de 15 min d’un
SMUR et à 30 min d’un établissement hospitalier.
Demain, aura-t-on encore les moyens suffisants pour offrir
ce service dans les zones rurales ?
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