Accueil

Plan du site
Crédits
Accueil  > Ressources  > La revue "Sécurité Routière"  > n° 136 > La vie bouleversée par l’accident
Dossier
La vie bouleversée par l’accident
Après l’accident, pour les victimes d’accident comme pour leurs familles, le bouleversement est total et souvent définitif. La société doit relever le défi : organiser des filières spécifiques centrées sur les patients et impliquant famille, soignants et acteurs sociaux.


Comment annoncer à une famille que son enfant vient d’avoir un accident et qu’il est dans le coma ? Comment dire à une épouse que son mari s’en sortira mais restera sans doute paralysé à vie ? "Vous ne pouvez pas savoir, si vous ne l’avez pas vécu, la violence de ces moments-là, le désarroi total dans lequel on se trouve", confie Marie-Christine Cazals, membre de l’Association des familles de traumatisés crâniens (AFTC) de l’Hérault (voir les coordonnées ci-dessous). Pendant des années, les associations de familles de victimes de la route se sont d’ailleurs battues pour que les informations ne leur soient pas assénées brutalement, entre deux portes, comme c’était souvent le cas. Le message a fini par passer. Il y a d’abord eu la loi de mars 2002 sur l’information des personnes, qui stipule que celle-ci doit être "mesurée et progressive". Et surtout, la toute récente charte préparée par Christian Jacob, ministre de la Famille, qui prévoit un dispositif d’accueil des familles de victimes d’accident de la circulation dans les hôpitaux, à la fois pour informer décemment et offrir un soutien psychologique. "Mais l’accompagnement des familles ne doit pas s’arrêter là car tout est horriblement compliqué et on n’est jamais préparé à vivre cela", insiste Marie-Christine Cazals, dont le fils, victime d’un traumatisme crânien grave, est aujourd’hui plongé dans un état végétatif.

Réorganiser sa vie
De fait, au-delà du choc psychologique, la famille doit se battre pour tout, réorganiser sa vie, trouver un établissement de soins adapté, etc. "Sous la pression des associations, des progrès ont été réalisés, reconnaît-elle, des structures spécialisées se sont ouvertes dans les régions en pointe. Mais il y a encore de vrais déserts dans certaines zones. Et puis, chaque année une nouvelle couche d’accidentés s’ajoute. Alors, malgré les progrès réalisés, les insuffisances demeurent…" Pourtant, comme l’explique cette mère, "il est inutile de sauver les gens si notre société, ensuite, n’est pas prête à les prendre en charge !" Peu à peu, pourtant, les pouvoirs publics, les professionnels sanitaires et médico-sociaux ont pris conscience de ces problèmes ; ils tentent aujourd’hui d’aménager des dispositifs adaptés. Adossés aux UEROS [1], et aux unités de médecine physique et de réadaptation spécialisées, des projets de réseaux bien structurés s’élaborent. Il s’agit en effet d’organiser des filières spécifiques, centrées sur les patients et impliquant à la fois les familles, les soignants et les acteurs sociaux. L’enjeu est de taille : ces réseaux sanitaires et médico-sociaux devraient permettre, pour chaque patient, d’assurer une vraie continuité des soins, d’éviter leur redondance, de favoriser l’insertion familiale, sociale, voire professionnelle, de trouver des structures correspondant à l’état du patient, etc.

> Pour en savoir plus : Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens, 32, rue de la Colonie, 75013 Paris. Tél. : 01 53 80 66 06. www.traumacranien.org

haut de page
  • Un coût médico-social de plus en plus lourd

Le coût des accidents de la route reste, aujourd’hui encore, assez mal connu. Mais une chose est sûre : il est de plus en plus lourd, et cela en dépit de la diminution des accidents…

En juin dernier, lors d’un colloque organisé par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, Daniel Lenoir, le directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie, a annoncé la mise en place d’un observatoire des coûts médicaux liés aux risques routiers. Initiative judicieuse car un certain flou règne sur ces coûts qu’il évalue au minimum à 2,1 milliards d’euros par an. Un chiffre impressionnant, cependant revu à la hausse par le directeur des marchés à la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA), Guillaume Rosenwald, qui le situe, pour sa part, à quatre milliards d’euros par an. En précisant, toutefois, qu’il tient compte de la totalité des frais médicaux, de l’hospitalisation jusqu’à l’aménagement de maisons pour les handicapés. Les blessés graves pèsent de plus en plus lourd dans la balance : 3 % d’entre eux représentent le tiers des dépenses prises en charge par les assureurs ! En fait, le règlement des dossiers atteignant des sommes astronomiques, ces cas sont souvent traités par les réassureurs. "Pour un cérébro-lésé ou pour un paraplégique, le coût total moyen se situe entre 1,5 et 2 millions d’euros [2], précise Jean- Marc Sarafian, responsable des services juridique et sinistre de Scor, principale société de réassurance, en France. Et pour un tétraplégique, plus de 2 millions d’euros. Mais il faut savoir que ces montants s’envolent : pour certains dossiers, notamment ceux de très jeunes gens handicapés lourds, nous dépassons les 4 millions d’euros. Et la hausse se poursuit…"

Une longue bataille juridique ou judiciaire
Généralement fixés au terme d’une longue bataille juridique ou judiciaire, ces montants couvrent aussi bien les dépenses d’hospitalisation et de rééducation que la prise en charge et les conséquences à vie de l’invalidité. Des conséquences coûteuses : certains cas nécessitent un placement à vie en milieu spécialisé, par exemple les "états végétatifs". "La prise en charge de tels patients, c’est 300 euros par jour, précise le Dr Philippe Denormandie. Lorsque ce coût s’accumule sur des années, il devient exorbitant pour la société…" Ceux qui peuvent rester chez eux ont souvent besoin d’une assistance. "Et dans le contexte actuel, la prise en charge d’une tierce personne 24 heures sur 24 et sur des dizaines d’années peut atteindre des montants très élevés, remarque Jean-Marc Sarafian. D’autant plus qu’il faut parfois prévoir plusieurs types d’intervenants dans la journée." Et l’expert de Scor d’ajouter qu’il faut aussi intégrer les frais d’aménagement pour le logement, le véhicule, les appareillages divers, sans oublier les préjudices esthétique, sexuel, d’agrément, etc. D’où les sommes très élevées désormais fixées par les tribunaux… Reste que toutes les victimes n’y ont pas droit. Seules celles qui ont la possibilité de faire jouer une assurance en responsabilité civile (ou, dans une moindre mesure, qui ont souscrit une assurance personnelle donnant droit à des indemnités) peuvent en bénéficier. Les autres, mal assurées ou seules responsables de l’accident, ne peuvent prétendre qu’à une prise en charge des frais à caractère médical, voire, pour les salariés, à des indemnités en cas d’invalidité professionnelle. Et se retrouvent alors dans des situations totalement dramatiques…

> Pour en savoir plus : "Niveau et évolution du coût des accidents corporels graves". France 1997-2001. Focus, septembre 2003, publication de Scor,

[1] Unités d’évaluation, de rééducation et d’orientation sociale et professionnelle.

[2] Coût moyen calculé sur quelque 120 cas réglés en 2001, concernant des accidents d’années antérieures.

Voir aussi sur le site
Autres sites
© Copyright 2003 / Sécurité routière