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Comment annoncer à une famille que son enfant vient
d’avoir un accident et qu’il est dans le coma
? Comment dire à une épouse que son mari s’en
sortira mais restera sans doute paralysé à vie
? "Vous ne pouvez pas savoir, si vous ne l’avez
pas vécu, la violence de ces moments-là, le
désarroi total dans lequel on se trouve", confie
Marie-Christine Cazals, membre de l’Association des
familles de traumatisés crâniens (AFTC) de l’Hérault
(voir les coordonnées ci-dessous). Pendant des années,
les associations de familles de victimes de la route se sont
d’ailleurs battues pour que les informations ne leur
soient pas assénées brutalement, entre deux
portes, comme c’était souvent le cas. Le message
a fini par passer. Il y a d’abord eu la loi de mars
2002 sur l’information des personnes, qui stipule que
celle-ci doit être "mesurée et progressive".
Et surtout, la toute récente charte préparée
par Christian
Jacob, ministre de la Famille, qui prévoit un dispositif
d’accueil des familles de victimes d’accident
de la circulation dans les hôpitaux, à la fois
pour informer décemment et offrir un soutien psychologique.
"Mais l’accompagnement des familles ne doit pas
s’arrêter là car tout est horriblement
compliqué et on n’est jamais préparé
à vivre cela", insiste Marie-Christine Cazals,
dont le fils, victime d’un traumatisme crânien
grave, est aujourd’hui plongé dans un état
végétatif.
Réorganiser sa vie
De fait, au-delà du choc psychologique, la famille
doit se battre pour tout, réorganiser sa vie, trouver
un établissement de soins adapté, etc. "Sous
la pression des associations, des progrès ont été
réalisés, reconnaît-elle, des structures
spécialisées se sont ouvertes dans les régions
en pointe. Mais il y a encore de vrais déserts dans
certaines zones. Et puis, chaque année une nouvelle
couche d’accidentés s’ajoute. Alors, malgré
les progrès réalisés, les insuffisances
demeurent…" Pourtant, comme l’explique cette
mère, "il est inutile de sauver les gens si notre
société, ensuite, n’est pas prête
à les prendre en charge !" Peu à peu, pourtant,
les pouvoirs publics, les professionnels sanitaires et médico-sociaux
ont pris conscience de ces problèmes ; ils tentent
aujourd’hui d’aménager des dispositifs
adaptés. Adossés aux UEROS
[1], et aux unités
de médecine physique et de réadaptation spécialisées,
des projets de réseaux bien structurés s’élaborent.
Il s’agit en effet d’organiser des filières
spécifiques, centrées sur les patients et impliquant
à la fois les familles, les soignants et les acteurs
sociaux. L’enjeu est de taille : ces réseaux
sanitaires et médico-sociaux devraient permettre, pour
chaque patient, d’assurer une vraie continuité
des soins, d’éviter leur redondance, de favoriser
l’insertion familiale, sociale, voire professionnelle,
de trouver des structures correspondant à l’état
du patient, etc.
> Pour en savoir plus : Union nationale
des associations de familles de traumatisés crâniens,
32, rue de la Colonie, 75013 Paris. Tél. : 01 53 80
66 06. www.traumacranien.org
- Un coût médico-social
de plus en plus lourd
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Le coût des accidents de la route reste,
aujourd’hui encore, assez mal connu. Mais une chose
est sûre : il est de plus en plus lourd, et cela en
dépit de la diminution des accidents…
En juin dernier, lors d’un colloque organisé
par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée
nationale, Daniel Lenoir, le directeur de la Caisse
nationale d’assurance maladie, a annoncé
la mise en place d’un observatoire des coûts médicaux
liés aux risques routiers. Initiative judicieuse car
un certain flou règne sur ces coûts qu’il
évalue au minimum à 2,1 milliards d’euros
par an. Un chiffre impressionnant, cependant revu à
la hausse par le directeur des marchés à la
Fédération
française des sociétés d’assurance
(FFSA), Guillaume Rosenwald, qui le situe, pour sa part,
à quatre milliards d’euros par an. En précisant,
toutefois, qu’il tient compte de la totalité
des frais médicaux, de l’hospitalisation jusqu’à
l’aménagement de maisons pour les handicapés.
Les blessés graves pèsent de plus en plus lourd
dans la balance : 3 % d’entre eux représentent
le tiers des dépenses prises en charge par les assureurs
! En fait, le règlement des dossiers atteignant des
sommes astronomiques, ces cas sont souvent traités
par les réassureurs. "Pour un cérébro-lésé
ou pour un paraplégique, le coût total moyen
se situe entre 1,5 et 2 millions d’euros [2],
précise Jean- Marc Sarafian, responsable des services
juridique et sinistre de Scor,
principale société de réassurance, en
France. Et pour un tétraplégique, plus de 2
millions d’euros. Mais il faut savoir que ces montants
s’envolent : pour certains dossiers, notamment ceux
de très jeunes gens handicapés lourds, nous
dépassons les 4 millions d’euros. Et la hausse
se poursuit…"
Une longue bataille juridique ou judiciaire
Généralement fixés au terme d’une
longue bataille juridique ou judiciaire, ces montants couvrent
aussi bien les dépenses d’hospitalisation et
de rééducation que la prise en charge et les
conséquences à vie de l’invalidité.
Des conséquences coûteuses : certains cas nécessitent
un placement à vie en milieu spécialisé,
par exemple les "états végétatifs".
"La prise en charge de tels patients, c’est 300
euros par jour, précise le Dr Philippe Denormandie.
Lorsque ce coût s’accumule sur des années,
il devient exorbitant pour la société…"
Ceux qui peuvent rester chez eux ont souvent besoin d’une
assistance. "Et dans le contexte actuel, la prise en
charge d’une tierce personne 24 heures sur 24 et sur
des dizaines d’années peut atteindre des montants
très élevés, remarque Jean-Marc Sarafian.
D’autant plus qu’il faut parfois prévoir
plusieurs types d’intervenants dans la journée."
Et l’expert de Scor d’ajouter qu’il faut
aussi intégrer les frais d’aménagement
pour le logement, le véhicule, les appareillages divers,
sans oublier les préjudices esthétique, sexuel,
d’agrément, etc. D’où les sommes
très élevées désormais fixées
par les tribunaux… Reste que toutes les victimes n’y
ont pas droit. Seules celles qui ont la possibilité
de faire jouer une assurance en responsabilité civile
(ou, dans une moindre mesure, qui ont souscrit une assurance
personnelle donnant droit à des indemnités)
peuvent en bénéficier. Les autres, mal assurées
ou seules responsables de l’accident, ne peuvent prétendre
qu’à une prise en charge des frais à caractère
médical, voire, pour les salariés, à
des indemnités en cas d’invalidité professionnelle.
Et se retrouvent alors dans des situations totalement dramatiques…
> Pour en savoir plus : "Niveau et
évolution du coût des accidents corporels graves".
France 1997-2001. Focus, septembre 2003, publication
de Scor,
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