|
"J’ai subi ce qu’on appelle le coup du lapin
avec fracture des cervicales et traumatisme crânien",
explique-t-il. Transporté à l’hôpital
de la Salpêtrière, à Paris, il est resté
trois semaines dans un coma profond avant d'être transféré
au CHU de Dreux où il a mis deux mois à se réveiller
complètement. S’enclenche alors un interminable
parcours hospitalier. Pascal est d’abord envoyé
à Garches, à l’hôpital Raymond-Poincaré,
pour commencer sa récupération. Son séjour
va durer un an... "Les premiers mois, j’ai souffert
le martyre : mon corps était entièrement bloqué
et la rééducation très douloureuse. Mais
au début, côté moral, cela n’allait
pas trop mal. Je ne me suis pas inquiété tout
de suite car je progressais. Je pensais que ça continuerait.
Jusqu’au jour où j’ai fini par avoir des
doutes. J’ai demandé des explications aux médecins
: c’est là, plusieurs mois après l’accident,
que j’ai vraiment pris conscience de mon état."
L’heure du verdict
Le verdict est tombé : tétraplégie. Pascal
a réalisé que non seulement ses jambes ne remarcheraient
plus jamais, mais que ses bras, eux aussi, étaient
touchés et resteraient inertes. Seules les mains, peut-être…
Le jeune homme a eu du mal à surmonter le choc. À
accepter une vie chamboulée. "Avant l’accident,
j’étais assistant maître d’hôtel.
J’espérais pouvoir diriger un jour un restaurant…
Bien sûr, il fallait faire une croix dessus. Et puis,
j’avais une petite amie. Il s’est passé
avec elle ce qui se passe dans 95 % des cas après un
tel accident : notre couple a volé en éclats.
Pas d’un seul coup. Au début, elle est venue
me voir mais, peu à peu, ses visites se sont espacées.
C’est moi qui ai proposé la séparation
: je n’avais pas besoin, en plus de tout le reste, de
sa pitié…"
Six mois de rééducation
Après l’année à Garches, Pascal
a poursuivi sa rééducation dans un hôpital
proche du domicile de ses parents, en Normandie. Mais au bout
de six mois, l’établissement lui a fait savoir
qu’il ne pouvait plus le garder. "J’avais
le choix entre me faire prendre en charge par mes parents
ou bien entrer… dans une maison de retraite. À
25 ans ! Il n’y avait aucune place dans un foyer pour
handicapés lourds avant plusieurs années."
Or, Pascal, dépendant à 98 %, avait besoin d’une
tierce personne pour le moindre geste. Pour pouvoir l’héberger,
ses parents ont dû aménager – à
leurs frais – leur pavillon, faire construire une rampe
de vingt mètres reliant le jardin au premier étage,
abattre des cloisons pour transformer une chambre et une salle
de bain. "Tout ça pour me retrouver isolé,
inactif. Je passais tout mon temps devant la télévision
à broyer du noir. Je me sentais un poids terrible pour
mes parents. Ma mère avait aménagé son
temps de travail pour pouvoir s’occuper de moi. Mon
père et elle n’avaient plus aucune distraction,
ne partaient plus en vacances."
Contacts avec le monde extérieur
C’est souvent à ce stade que les handicapés
dérapent, sombrent dans la dépression…
Pascal, lui, s’est raccroché à la vie
grâce à la CB : il a commencé à
établir des contacts radio avec le monde extérieur.
"Ma chance, c’est d’avoir récupéré
toutes mes facultés intellectuelles. Sinon, je n’aurais
jamais pu nouer des relations amicales avec d’autres
cibistes. Assez vite, ils sont venus me voir, et parfois m’emmenaient
à des soirées." Pascal fait alors une rencontre
amoureuse. Il veut reprendre son autonomie, mais le nomadisme
n’est pas évident quand on ne peut vivre que
dans un appartement adapté ! Après plusieurs
mois sans la moindre ressource où il a vécu
aux crochets de ses parents, il touche enfin les indemnités
de l’assurance et commence à percevoir une pension
d’invalidité. "Ce pécule m’a
permis d’équiper un logement modeste dans une
petite ville de province et d’acquérir une voiture
adaptée", raconte-t-il. De fait, ayant récupéré
un peu de mobilité aux bras et aux mains, Pascal veut
reconduire. Il doit, pour cela, repasser un permis spécial,
au prix d’un séjour de deux mois à Mulhouse,
dans l’un des deux seuls centres français de
rééducation préparant les tétraplégiques
à cette épreuve. Mais grâce à sa
voiture, équipée de commandes à main
gauche pour accélérer et freiner et d’une
fourche à main droite pour tourner le volant, il gagne
en autonomie. "Et c’est très important pour
un handicapé. Les transports en commun nous sont quasiment
interdits. Quant aux transports spéciaux, ils sont
rares et coûteux."
Retrouver un emploi
Dès lors, Pascal peut envisager de retravailler. Fort
de son expérience de cibiste, il suit une formation
de technicien-animateur de radio et décroche un job
dans une radio libre de l’Orne. "On avait installé
une rampe pour me permettre d’accéder au studio,
aménager les consoles, etc." Une compagne, un
travail… il ne lui manque plus qu’un enfant !
Même s’il reste discret sur les détails,
il avoue que la réalisation de ce projet n’a
pas été aisée. Cependant, après
un stage à Garches, un séjour dans un service
de sexologie à Deauville et force piqûres, l’enfant
est né. Bien sûr, on aurait envie de clore l’histoire
sur ce "happy end". Mais dans la vie d’un
handicapé, même débordant d’énergie,
le combat n’est jamais fini. Pour Pascal, il y a eu
la séparation d’avec sa compagne… et le
fait que la justice lui ait alors refusé le droit de
s’occuper de son fils en raison de son handicap ! "Un
vrai choc pour moi, explique-t-il, mais aussi un déclic
pour rebondir car j’ai fait appel et je me suis battu
pour prouver que je pouvais parfaitement m’occuper de
mon enfant."
Le combat continue
Pascal choisit de s’installer dans la région
parisienne. Et son combat continue. Pour trouver un appartement
adapté ("C’est quasiment mission impossible..."),
puis un job. C’est finalement à l’Association
des paralysés de France qu’il le décrochera,
comme chargé d’étude en accessibilité.
Un sujet qu’il connaît bien… Aujourd’hui,
Pascal – qui a gagné son procès en appel
– est remarié. Père de jumeaux, il partage
un maximum d’activités avec eux. Mais les complications
ne sont jamais très loin… L’an dernier,
par exemple, il a dû séjourner six mois à
Garches pour subir une transplantation musculaire.
> Pour en savoir plus : Association
des paralysés de France, Tél. : 01 40 78
69 00
|