Accueil

Plan du site
Crédits
Accueil  > Ressources  > La revue "Sécurité Routière"  > n° 136 > L’accident… et après
Dossier
L’accident… et après
Pascal l’affirme : il a eu de la chance. Un paradoxe venant de cet homme de 45 ans, tétraplégique, qui livre un combat épuisant depuis vingt-trois ans ! Très exactement depuis ce jour de l’hiver 1980 où, roulant au volant de sa R5 sur une départementale des Yvelines, il a dérapé sur une plaque de verglas…


Photo : Pascal Frémont va intégrer le CNSR (Conseil national de la sécurité routière) en tant que membre de l'Association des paralysés de France "J’ai subi ce qu’on appelle le coup du lapin avec fracture des cervicales et traumatisme crânien", explique-t-il. Transporté à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, il est resté trois semaines dans un coma profond avant d'être transféré au CHU de Dreux où il a mis deux mois à se réveiller complètement. S’enclenche alors un interminable parcours hospitalier. Pascal est d’abord envoyé à Garches, à l’hôpital Raymond-Poincaré, pour commencer sa récupération. Son séjour va durer un an... "Les premiers mois, j’ai souffert le martyre : mon corps était entièrement bloqué et la rééducation très douloureuse. Mais au début, côté moral, cela n’allait pas trop mal. Je ne me suis pas inquiété tout de suite car je progressais. Je pensais que ça continuerait. Jusqu’au jour où j’ai fini par avoir des doutes. J’ai demandé des explications aux médecins : c’est là, plusieurs mois après l’accident, que j’ai vraiment pris conscience de mon état."

L’heure du verdict
Le verdict est tombé : tétraplégie. Pascal a réalisé que non seulement ses jambes ne remarcheraient plus jamais, mais que ses bras, eux aussi, étaient touchés et resteraient inertes. Seules les mains, peut-être… Le jeune homme a eu du mal à surmonter le choc. À accepter une vie chamboulée. "Avant l’accident, j’étais assistant maître d’hôtel. J’espérais pouvoir diriger un jour un restaurant… Bien sûr, il fallait faire une croix dessus. Et puis, j’avais une petite amie. Il s’est passé avec elle ce qui se passe dans 95 % des cas après un tel accident : notre couple a volé en éclats. Pas d’un seul coup. Au début, elle est venue me voir mais, peu à peu, ses visites se sont espacées. C’est moi qui ai proposé la séparation : je n’avais pas besoin, en plus de tout le reste, de sa pitié…"

Six mois de rééducation
Après l’année à Garches, Pascal a poursuivi sa rééducation dans un hôpital proche du domicile de ses parents, en Normandie. Mais au bout de six mois, l’établissement lui a fait savoir qu’il ne pouvait plus le garder. "J’avais le choix entre me faire prendre en charge par mes parents ou bien entrer… dans une maison de retraite. À 25 ans ! Il n’y avait aucune place dans un foyer pour handicapés lourds avant plusieurs années." Or, Pascal, dépendant à 98 %, avait besoin d’une tierce personne pour le moindre geste. Pour pouvoir l’héberger, ses parents ont dû aménager – à leurs frais – leur pavillon, faire construire une rampe de vingt mètres reliant le jardin au premier étage, abattre des cloisons pour transformer une chambre et une salle de bain. "Tout ça pour me retrouver isolé, inactif. Je passais tout mon temps devant la télévision à broyer du noir. Je me sentais un poids terrible pour mes parents. Ma mère avait aménagé son temps de travail pour pouvoir s’occuper de moi. Mon père et elle n’avaient plus aucune distraction, ne partaient plus en vacances."

Contacts avec le monde extérieur
C’est souvent à ce stade que les handicapés dérapent, sombrent dans la dépression… Pascal, lui, s’est raccroché à la vie grâce à la CB : il a commencé à établir des contacts radio avec le monde extérieur. "Ma chance, c’est d’avoir récupéré toutes mes facultés intellectuelles. Sinon, je n’aurais jamais pu nouer des relations amicales avec d’autres cibistes. Assez vite, ils sont venus me voir, et parfois m’emmenaient à des soirées." Pascal fait alors une rencontre amoureuse. Il veut reprendre son autonomie, mais le nomadisme n’est pas évident quand on ne peut vivre que dans un appartement adapté ! Après plusieurs mois sans la moindre ressource où il a vécu aux crochets de ses parents, il touche enfin les indemnités de l’assurance et commence à percevoir une pension d’invalidité. "Ce pécule m’a permis d’équiper un logement modeste dans une petite ville de province et d’acquérir une voiture adaptée", raconte-t-il. De fait, ayant récupéré un peu de mobilité aux bras et aux mains, Pascal veut reconduire. Il doit, pour cela, repasser un permis spécial, au prix d’un séjour de deux mois à Mulhouse, dans l’un des deux seuls centres français de rééducation préparant les tétraplégiques à cette épreuve. Mais grâce à sa voiture, équipée de commandes à main gauche pour accélérer et freiner et d’une fourche à main droite pour tourner le volant, il gagne en autonomie. "Et c’est très important pour un handicapé. Les transports en commun nous sont quasiment interdits. Quant aux transports spéciaux, ils sont rares et coûteux."

Retrouver un emploi
Dès lors, Pascal peut envisager de retravailler. Fort de son expérience de cibiste, il suit une formation de technicien-animateur de radio et décroche un job dans une radio libre de l’Orne. "On avait installé une rampe pour me permettre d’accéder au studio, aménager les consoles, etc." Une compagne, un travail… il ne lui manque plus qu’un enfant ! Même s’il reste discret sur les détails, il avoue que la réalisation de ce projet n’a pas été aisée. Cependant, après un stage à Garches, un séjour dans un service de sexologie à Deauville et force piqûres, l’enfant est né. Bien sûr, on aurait envie de clore l’histoire sur ce "happy end". Mais dans la vie d’un handicapé, même débordant d’énergie, le combat n’est jamais fini. Pour Pascal, il y a eu la séparation d’avec sa compagne… et le fait que la justice lui ait alors refusé le droit de s’occuper de son fils en raison de son handicap ! "Un vrai choc pour moi, explique-t-il, mais aussi un déclic pour rebondir car j’ai fait appel et je me suis battu pour prouver que je pouvais parfaitement m’occuper de mon enfant."

Le combat continue
Pascal choisit de s’installer dans la région parisienne. Et son combat continue. Pour trouver un appartement adapté ("C’est quasiment mission impossible..."), puis un job. C’est finalement à l’Association des paralysés de France qu’il le décrochera, comme chargé d’étude en accessibilité. Un sujet qu’il connaît bien… Aujourd’hui, Pascal – qui a gagné son procès en appel – est remarié. Père de jumeaux, il partage un maximum d’activités avec eux. Mais les complications ne sont jamais très loin… L’an dernier, par exemple, il a dû séjourner six mois à Garches pour subir une transplantation musculaire.

> Pour en savoir plus : Association des paralysés de France, Tél. : 01 40 78 69 00

Voir aussi sur le site
Autres sites
Témoignage

"J'avais le choix entre me faire prendre en charge par mes parents ou bien entrer... dans une maison de retraite. à 25 ans !"

"Le pire, ce n’est pas ceux qui vous regardent comme une bête curieuse. C’est ceux qui semblent ne pas vous voir du tout."




© Copyright 2003 / Sécurité routière