Il y a quelques mois, on a accusé les poids lourds
d’être à l’origine de 1000 morts
par an sur la route. La profession s’est fortement émue
de ces accusations. Certes, pas question pour elle de nier
les chiffres de l’Observatoire
national interministériel de la Sécurité
routière dont l’étude sectorielle
[1] parue en mars
dernier situe très précisément à
1005 le nombre de personnes qui ont perdu la vie en 2001 dans
un accident impliquant un poids lourd. Mais, ont alors plaidé
les fédérations professionnelles, il aurait
été juste de préciser qu’être
impliqué dans un accident ne signifie pas forcément
en être le responsable. Et d’ajouter que si les
poids lourds effectuent 6,3% des kilomètres parcourus,
ils ne sont impliqués que dans 5,2 % des accidents
corporels. Ce qui est parfaitement exact : ils ne sont pas
plus impliqués dans les accidents corporels que les
autres véhicules.
Le pot de terre contre le pot
de fer
Il n’en reste pas moins vrai que les accidents
avec poids lourds sont à l’origine de 13 % des
tués (soit un décès sur huit), alors
que les plus de 3,5 t ne constituent que 2 % du parc automobile.
L’explication ? Le taux de gravité de ces accidents
(c’est-à-dire le nombre de morts pour 100 accidents)
est 2,5 fois supérieur à celui observé
pour l’ensemble des accidents. Ce ne sont pas leurs
occupants qui risquent le plus, d’ailleurs : en 2001,
135 d’entre eux ont été tués dans
ces accidents (dont 115 conducteurs). Les occupants des véhicules
légers, les deux-roues ou les piétons en paient
le plus lourd tribut : c’est l’histoire du pot
de terre contre le pot de fer… Certes, l’argument
de la dangerosité en quelque sorte "ontologique"
des poids lourds apporte de l’eau au moulin de tous
ceux qui réclament à cor et à cri depuis
des années que l’on transfère une partie
du transport routier de marchandises vers le rail. Or, quand
bien même le ferroutage prendrait véritablement
son essor dans notre pays – ce qui reste d’ailleurs
à l’ordre du jour – il n’est pas
certain que les poids lourds disparaîtraient de nos
routes. En effet, d’une année sur l’autre,
le transport routier de marchandises augmente! Il est passé,
dans les pays de l’Union européenne, de 47,6
% en 1970 à 74,7 % en 1999, tandis que le transport
sur rail s’effondrait : 32,6 % en 1970, 13,4 % en 1999.
Et rien ne laisse espérer que la tendance va s’inverser
: certaines études évoquent même une augmentation
du trafic poids lourd de près de 40 % dans les vingt
prochaines années… Cela dit, la France, pays
de transit au sein de l’Europe, n’est pas le pays
le plus orienté sur le transport routier de marchandises
: avec une proportion de 76,2 % (contre 15,6 % au rail), elle
se situe encore loin derrière l’Espagne (85,6
%) ou l’Irlande (92,4 %) [2].
Les professionnels ont dû
changer leurs habitudes
Bref, il faut vivre avec les poids lourds…
et donc faire en sorte qu’ils soient de plus en plus
sûrs. C’est à cette tâche que les
pouvoirs publics s’attachent depuis quelques années
avec constance. La réglementation sociale européenne
sur les temps de conduite et de repos s’est généralisée.
Les réglementations techniques se sont multipliées.
L’obligation de formation des conducteurs a été
mise en place progressivement. Et les pressions n’ont
cessé de croître, y compris de la part de la
Caisse nationale d’assurance maladie et des assureurs,
pour que soit appliqué dans chaque entreprise un plan
de prévention des risques routiers. En regard de ces
contraintes et malgré une concurrence de plus en plus
dure, notamment de la part de pays étrangers non soumis
aux mêmes règles, les professionnels du transport
routier ont dû s’adapter, changer leurs habitudes
et leur organisation. Mais c’est une "révolution
culturelle" que tous n’ont pas encore acceptée.
La preuve, c’est qu’au cours des cinq dernières
années, les vitesses pratiquées par les poids
lourds ont nettement augmenté (entre 4 et 7 km/h de
plus sur les autoroutes).
- Les étrangers responsables
de l’insécurité ?
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C’est souvent ce que l’on entend
dire: n’étant pas soumis aux mêmes obligations
que les Français, les conducteurs étrangers
présenteraient une garantie bien moins grande en termes
de prévention des accidents. Bien des drames de la
route dans lesquels sont impliqués les poids lourds
aujourd’hui seraient dus à des véhicules
immatriculés hors de nos frontières et même
hors de la zone UE (Union européenne). Qu’en
est-il exactement? L’étude sectorielle de l’ONISR
ne confirme pas cette thèse: selon ses statistiques,
les poids lourds étrangers effectuent 1,2 % des kilomètres
parcourus dans l’Hexagone et sont impliqués dans
0,6 % des accidents corporels et 1,1 % des accidents mortels.
Ce qui est vrai, c’est qu’ils sont de plus en
plus nombreux sur nos routes: actuellement, sur cinq "
plus de 3,5 t " en circulation, un est immatriculé
à l’étranger. Le trafic des poids lourds
étrangers augmente deux fois plus vite que celui des
poids lourds français.
- Les contrôles en
question
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Les routiers, comme les conducteurs de véhicules
légers, ont une fâcheuse tendance à ne
pas respecter les limitations de vitesse (65 % d’entre
eux l’avouent). En revanche, il semblerait que ceux-ci
fassent l’objet de moins de contrôles de la part
des forces de l’ordre: selon le
ministère de l’Intérieur, sur les
quelque 1,26 million de contraventions à la limitation
de vitesse dressées en 2001, 13300 seulement ont concerné
des poids lourds - à peine plus de 0,1 %. Pourtant,
s’ils sont arrêtés sur le bord de la route,
les conducteurs des véhicules de plus de 3,5 t sont
obligés de présenter leurs disques, qui portent,
entre autres données, celle des vitesses effectuées.
Mais à la fois pour des raisons techniques et d’égalité
par rapport aux autres usagers, celles-ci ne sont pas utilisées
par les contrôleurs. Finalement, seules les infractions
à la vitesse en flagrant délit peuvent être
retenues contre les routiers. Comme pour n’importe quel
automobiliste.
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