Ce dispositif comporte deux volets: une formation initiale
minimale obligatoire (FIMO) sur quatre semaines, désormais
indispensable pour engager tout nouveau conducteur de poids
lourd de plus de 7,5 t – en plus du permis poids lourd
–, et la formation continue obligatoire de sécurité
(FCOS), qui concerne tous les conducteurs de poids lourds
de plus de 3,5 t ou 14 m3 de volume utile et s’effectue
sous forme d’un stage de trois jours tous les cinq ans,
entièrement axé sur les questions de sécurité.
L’enjeu de ces formations est de taille : il s’agit
de professionnaliser ce secteur d’activité et
de sensibiliser chaque conducteur à la sécurité.
Après une mise en place progressive, tous les salariés
des entreprises de transport de marchandises pour le compte
d’autrui y sont aujourd’hui soumis (soit quelque
350 000 personnes), avec des effets positifs incontestables.
En revanche, les entreprises qui font du transport pour compte
propre ne sont pas toutes concernées. En effet, la
loi de 1995 ne visait que les premières et s’il
est vrai qu’une loi en février 1998 a élargi
le dispositif aux secondes, les pouvoirs publics ont renoncé
à l’imposer brutalement, préférant
l’adapter aux différents secteurs professionnels
à travers des accords particuliers. 23 accords de branches
ont ainsi été signés, mais une proportion
non négligeable des 250 000 à 300 000 conducteurs
concernés reste encore hors du dispositif. Un décret
est en préparation afin de les englober à leur
tour dans ce dispositif, quitte à jouer la souplesse.
En termes de sécurité routière, l’impact
de ces formations est indéniable: entre 1995 et 2000,
l’amélioration des statistiques d’accidents
des poids lourds français – les seuls à
être concernés par cette mesure – a progressé
deux fois plus vite que celle de la circulation générale.
L’Union européenne doit d’ailleurs prendre
une directive d’ici quelques semaines pour qu’à
partir de 2006 un dispositif du même type soit progressivement
étendu à l’ensemble des pays membres.
- 3 questions à Bernard
Prolongeau, directeur général du Groupe
AFT-IFTIM [2]
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Huit ans après la mise
en place de ces formations obligatoires, quel bilan dressez-vous
?
Depuis 1995, nous avons reçu plus de 90 000 conducteurs
pour la Fimo. C’est important car cette formation initiale
complète très utilement les acquis du permis
de conduire poids lourd, entre autres sur les aspects sécuritaires
qui, sans cela, sont peu abordés. Mais ce sont surtout
les chiffres de la formation continue qui donnent une idée
de l’ampleur du dispositif: en 2000, tous organismes
de formation confondus, 106 000 professionnels du transport
routier ont suivi les trois jours de stage FCOS ! Bien sûr,
ce stage ne vise pas à apprendre leur métier
à des conducteurs expérimentés, mais
plutôt à essayer de les sensibiliser à
la conduite préventive, à leur rappeler le respect
des autres et des règles du Code de la route. Bref,
de faire tous les cinq ans une piqûre de rappel sur
tout ce qui touche à la sécurité. Ils
sont notamment soumis à un audit de conduite au cours
duquel une boîte noire enregistre une trentaine de paramètres
(vitesse, accélération, décélération,
freinage, etc.). Ils analysent ensuite leur conduite avec
un formateur: c’est toujours très instructif.
Disposez-vous de données
chiffrées sur la baisse des taux d’accidents
(ou d’autres résultats tangibles) ?
Nous avons fait, à l’AFT-IFTIM,
une étude auprès d’une centaine d’entreprises
qui suivent de près l’accidentologie de leurs
conducteurs. À populations sensiblement identiques,
il y avait une différence du taux d’accident
de 20 à 40 % entre ceux qui avaient déjà
reçu les formations et les autres ! Par ailleurs, les
statistiques nationales montrent qu’entre 1995 et 1999,
le pourcentage de tués dans les accidents impliquant
un poids lourd est passé de 14,95 % à 13 %.
Pensez-vous que ces formations
contribuent à professionnaliser un secteur où
le recrutement a parfois été un peu trop "léger"
?
Au début, beaucoup de personnes pensaient que ce
système de formations obligatoires serait très
difficile à mettre en place compte tenu des volumes
de conducteurs concernés. Mais, finalement, les transporteurs
routiers français ont bien accepté ces formations.
Ils ont compris qu’elles leur permettaient d’avoir
des personnels mieux formés, plus responsables et que
c’était tout bénéfice pour eux.
Ils ont également compris que ces formations pouvaient
contribuer à revaloriser, vis à vis de la collectivité,
un secteur qui souffre d’un déficit d’image…
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