La libéralisation du transport routier de marchandises,
totale dans les pays de l’Union européenne depuis
1998, s’est accompagnée de nombreuses règles
visant à améliorer les conditions de travail
des conducteurs et à renforcer la sécurité
routière, tout en permettant de maintenir une concurrence
équitable entre les différents acteurs de ce
secteur économique. La plus connue est la réglementation
sociale européenne (RSE) qui s’applique à
tous les conducteurs de véhicules de plus de 3,5 t
de poids maximum autorisé, et cela qu’ils interviennent
pour le compte d’autrui [1]
ou pour compte propre [2],
en transport national ou international, comme salariés
ou en indépendants. Dès lors qu’ils travaillent
sur le territoire d’un État membre de l’UE,
ils sont en effet soumis à la RSE. Celle-ci porte essentiellement
sur les temps de conduite et de repos. Les aménagements
sont nombreux et assez complexes, mais le principe est clair:
il s’agit d’obliger les routiers à faire
des pauses régulières afin de garder en permanence
une bonne vigilance. La règle générale
prévoit que la conduite ne doit pas excéder
9 heures par jour, et jamais plus de 4h30 en continu : pour
chaque période de 4h30, un repos de 45 min est obligatoire
(ou trois interruptions de 15 min). En rythme hebdomadaire,
cela représente 90 heures de conduite au maximum, réparties
sur deux semaines et pas plus de six jours consécutifs
sans un repos de 45 heures ininterrompues. Tous les véhicules
entrant dans le champ d’application de la RSE sont obligatoirement
équipés d’un chronotachygraphe. Cet appareil
de mesure enregistre avec précision les temps de conduite
et de repos par des diagrammes sur des feuilles d’enregistrement
: les fameux "disques " que vérifient –
entre autres choses – les contrôleurs des transports
terrestres (voir reportage ci-dessous)… L’enregistrement
se fait aujourd’hui selon une technique horlogère,
mais à partir du 1er août 2004 tous les véhicules
neufs de plus de 3,5 t seront équipés de chronotachygraphes
électroniques [3]
: " Il s’agit là d’une technique beaucoup
plus fiable que l’actuelle, explique Pascale Buch, responsable
de la sous-direction des Transports routiers à la direction
des Transports terrestres. Nous l’attendons avec
impatience car, il faut bien l’avouer, certains conducteurs
en entreprise sont passés maîtres dans l’art
de falsifier les systèmes de contrôle. Cela sera
plus difficile avec le numérique. D’autant que
les caractéristiques techniques et réglementaires
du nouvel appareil sont désormais définies par
un texte européen en termes très détaillés,
avec des normes très précises sur les agréments,
vérifications, etc. Ce texte est un acquis communautaire
; il s’imposera automatiquement à tous, y compris
aux nouveaux venus. Dans le cadre du développement
du transport routier de marchandises entre l’Europe
de l’Ouest et l’Europe de l’Est, cette future
homogénéisation n’est pas négligeable…"
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"Malgré toutes les réglementations,
un pourcentage non négligeable de routiers reste éveillé
plus de 17 heures par jour. Cela équivaut à
une conduite en état d’ivresse avec un taux de
0,5 g d’alcool dans le sang." Le Dr Pierre Philip
sait de quoi il parle: médecin spécialiste des
problèmes de sommeil au CHU
de Bordeaux, il a mené récemment une étude
sur la somnolence des chauffeurs de poids lourds." Les
routiers, a-t-il constaté, souffrent de décalage
horaire et ont des cycles d’endormissement totalement
déréglés. Et ce ne sont pas, dit-il,
les dix ou vingt tasses de café par jour que certains
avalent pour lutter contre la somnolence qui régleront
le problème ! " Le Dr Philip prône la sieste:
" Les employeurs doivent imposer des repos réguliers:
une seule heure de sommeil permet de récupérer",
assure-t-il.
> Contact: Dr Pierre Philip, CHU de Bordeaux.
Tél. : 05 56 79 56 79. Fax: 05 56 37 23 42. www.chu-bordeaux.fr
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