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Après le permis
Un stage pour faire le point

Un peu de psychologie, beaucoup de démonstrations : le stage de récupération de points du permis de conduire fonctionne sur l'échange de témoignages et l'effet de groupe. Après deux jours, les stagiaires prennent conscience des dangers de la route. Reportage à Paris, lors d’un stage organisé par l’association Vivre et conduire.


Photo : André Schamelhout a recours à des démonstrations mathématiques pour inciter les stagiaires à changer de comportement au volantDans la salle, vingt stagiaires de tous les milieux sociaux, professionnels de la route ou usagers fréquents. Tous ont deux points communs: ce sont des hommes et, en moyenne, il ne leur reste que 3 points sur leur permis de conduire. Et s'ils viennent passer deux jours, c'est pour récupérer 4 points.

Obtenir un changement d’attitude
André Schamelhout et Gérard Mouhli, les deux animateurs de ce stage, sont habitués aux premières réactions exacerbées des stagiaires. "Ils arrivent énervés, excédés par l'éventualité de perdre leur droit à circuler". Pour André, le psychologue, "le but de ce stage de deux jours est bien sûr d'obtenir un revirement et un changement d'attitude. La plupart y parviennent". Gérard, ancien moniteur d'auto-école et formateur, préfère faire parler les chiffres: "13600 Français arrivent à zéro point chaque année. C'est peu par rapport aux 36 millions de conducteurs. Mais cette menace permet d’agir auprès de la minorité la plus exposée et c'est une bonne chose."

Aborder tous les sujets sans tabous
La législation sur le permis à points n'est pas simple: c'est l'objet du premier thème abordé par Gérard dès l'ouverture du stage. L'occasion aussi de refaire les comptes et d'amorcer le dialogue : certains stagiaires sont persuadés d'avoir perdu tous leurs points, alors que des infractions ne leur ont jamais été signifiées. Si elles datent de plus de trois ans, le compteur de points est recrédité automatiquement. On commence à voir dans la salle des sourires un peu moins crispés. Dans une démonstration teintée d'humour, André aborde tous les sujets sans tabous : l'alcool, la ceinture, la vitesse… pour terminer sur la mort, car il faut bien en parler. Puis, c'est le récit des expériences, et certains osent dire la vérité : l'un a perdu le contrôle de sa voiture alors qu'il était en état d'alcoolémie, l'autre ne boit pas, mais roule trop vite et parle de l'euphorie de l'autoroute. André les ramène les pieds sur terre en leur faisant calculer les gains de temps – dérisoires – obtenus en dépassant les limitations de vitesse. Et le calcul des distances de freinage en fait réfléchir plus d'un.

L'impact des deux jours
Deux jours de stage : une durée choisie pour son impact psychologique. La nuit porte conseil et déjà, le lendemain, les discours ne sont plus les mêmes, l'ambiance a radicalement changé. Tous, par leurs réflexions, montrent qu'ils sont acquis à l'absurdité de certains comportements. Les démonstrations reprennent avec Gérard. Mathématiquement, il apporte la preuve que rouler trop vite est réellement dangereux. Une voiture d'une tonne lancée à 90 km/h représente une force capable de soulever trente tonnes à un mètre de hauteur… Quant à la ceinture, elle divise la violence d'un choc par 10. Les stagiaires suivent avec intérêt cette démonstration implacable.

Remise en question
Déjà, certains déclarent vouloir changer de comportement. L'un pense qu'une répression active est indispensable. Un autre, très franc, déclare être convaincu de l'importance de rouler moins vite, sans être très sûr d'y arriver. Un troisième stagiaire dit qu'il fera de son mieux, mais pense qu'après 34 ans de conduite, il ne pourra pas changer son comportement. "Mais peut-être, lance-t-il, suis-je un imbécile…" Puis, c'est la diffusion d'un film terrible où défilent de vraies images d'accidents, de souffrance et de mort. Un film qui, en quelques minutes, résume tout un discours et devant lequel nul ne peut rester indifférent. Chaque année, 40 000 personnes suivent ces stages dans l'un des 660 centres agréés. Avec l'entrée en vigueur du permis probatoire et une répression plus active grâce aux radars automatisés, ce chiffre devrait encore augmenter et permettre à plus de conducteurs encore d'être sensibilisés et de se remettre en question.

> Pour en savoir plus : Association Vivre et conduire, Tél. : 01 53 05 95 05. Fax : 01 53 05 95 61.

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  • interview : Dominique Ducamp, psychologue, animateur de stages pour l’association Vivre et conduire

Le stage est animé par un binôme dont un psychologue. Qu'apporte sa présence ?
Depuis la mise en place du permis à points, en 1992, nous sommes là pour écouter les stagiaires, les laisser s'exprimer afin qu'ils y voient plus clair. C'est un travail de groupe.

Qui sont les stagiaires et quels profils retrouve-t-on le plus souvent ?
Ce sont des hommes à 95 %, souvent de grands rouleurs. Le problème, c’est qu'ils ont leur propre Code de la route ; toute la difficulté est de leur faire comprendre cela. Le stage doit précisément leur permettre de continuer à rouler sans exposer leur vie ni celle d’autrui.

Quelles sont les motivations des stagiaires ?
Au départ, récupérer quatre points pour protéger leur permis. La perspective de perdre son permis de conduire a un impact psychologique très fort : elle évoque un sentiment de dégradation et d’humiliation, une condamnation à l’impuissance.

Vous leur apprenez comment moins perdre de points ?
Oui, et il n'y a qu'une seule méthode, c'est respecter le Code de la route ; le stage facilite cette prise de conscience. Mais plus que de gérer son capital de points, il s'agit de protéger un capital vie. On les aide à comprendre quelques vérités. Pourquoi s'arrête-t-on à un stop en pleine campagne alors que, visiblement, il n'y a personne ? Parce que bien se déplacer, c'est tenir compte d’autrui et être capable de s'arrêter.

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