Les nouveaux délits et l’aggravation
des peines vont-ils rendre le travail de la justice plus complexe
?
Cette loi est un peu l’aboutissement d’un dispositif
qui consiste à donner au parquet une multitude d’outils
pour traiter les dossiers de conduite en état alcoolique
qui représentent, à peu près, le tiers
des délits pénaux. C’est en utilisant
ces différents dispositifs que l’on régulera
l’orientation des différentes affaires dans les
circuits judiciaires.
Dans ce cas, ces nouvelles mesures ont-elles vocation
à désengorger les tribunaux ?
Il y a plusieurs aspects. Si la suppression
du permis blanc va alléger le travail des services
d’exécution des peines, les transferts de qualification
d’infractions vont alourdir la charge des tribunaux
correctionnels, comme les accidents ayant provoqué
des blessures entraînant une incapacité de travail
de moins de trois mois qui étaient jugés, jusqu’alors,
par les tribunaux de police.
Quelle liberté est laissée au juge
dans l’application des peines ?
La loi laisse au juge et au parquet une grande liberté
pour l’orientation des procédures. Le stage alternatif
de sensibilisation signifie, par exemple, que la personne
ne sera pas poursuivie. Tous les parquets ne vont pas adopter
la même stratégie mais, grâce à
ces outils diversifiés, ils vont mettre en place une
politique pénale de meilleure qualité qui dépendra
de la capacité de jugement des juridictions. Toute
une mise en œuvre est à faire sur le terrain,
d’autant plus que, pour les affaires les plus graves,
la rapidité des parquets et la sévérité
des tribunaux doivent être exemplaires pour infléchir
le comportement d’un certain nombre de chauffards.
L’ordonnance pénale correctionnelle
[1] sera-t-elle de
plus en plus utilisée ?
Oui, notamment pour un certain nombre de procédures
de conduite en état alcoolique répétitif,
car elles permettent d’éviter de réunir
un tribunal pour un débat qui n’a pas énormément
d’enjeux. Ce n’est que dans le cas où le
prévenu n’est pas d’accord avec la peine
prononcée qu’il peut demander à bénéficier
d’une audience contradictoire.
Les jugements vont-ils être plus rapides ?
Depuis plusieurs années, le recours aux procédures
de comparution immédiate a augmenté dans les
affaires de délinquance routière les plus graves.
La loi et la circulaire d’application du garde des Sceaux
incitent, d’ailleurs, les parquets à développer
ces procédures. Cette tendance ne sera pas simple à
mettre en œuvre car un dossier d’accident suppose
un certain nombre d’investigations qui ne sont pas forcément
gérables dans les 48 heures. Ensuite, un jugement pénal
rapide suppose de trouver un système pour traiter séparément
et de manière suffisamment complète le problème
de l’évaluation des préjudices.
Les victimes et leurs familles réclament pourtant
des procédures rapides…
Oui, mais la précipitation peut parfois entraîner
des effets contraires à ceux que l’on recherche,
un jugement à deux ou trois jours, par exemple, alors
que pèsent de lourds problèmes psychologiques
et émotionnels. Nous devons avoir, pour l’application
de cette loi, une réflexion approfondie sur le sort
des victimes.
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