La Savoie
est un département pionnier en matière de contrôle-sanction
automatisé. Pour une raison simple : on y trouve plus
de 20 tunnels longs de 2 km ou plus. Et dans ces ouvrages
dits « sensibles », la circulation est régie
par des règles précises, afin d’éviter
accidents et incendies – la catastrophe qui avait frappé
le tunnel du Mont-Blanc, le 24 mars 1999, est dans toutes
les mémoires. Par exemple, dans le tunnel
du Fréjus – un des points de jonction entre
la France et l’Italie –, 4 000 à 5 000
camions transitent chaque jour. La vitesse y est limitée
à 70 km/h et les interdistances fixées à
150 m.
Depuis avril 2002, deux appareils fixes de contrôle
de la vitesse sont installés dans le tunnel, l’un
côté français, l’autre côté
italien. Ils sont annoncés par des panneaux à
messages variables sur l’autoroute qui mène au
tunnel, ainsi qu’à l’entrée du tunnel.
Reliées par fibre optique au poste de contrôle
des gendarmes français et des policiers italiens, ces
deux cabines prennent en photo tous les véhicules dépassant
la limite fixée. Avec des cinémomètres
d’une portée de 30 m, difficile d’échapper
à la contravention…
Au poste de contrôle, les photos numériques s’affichent
en temps quasi réel sur un écran. Deux prises
de vues sont faites : l’une claire, l’autre sombre,
afin de distinguer et le visage du conducteur et les plaques
minéralogiques. Ce jour-là, le conducteur italien
d’un camping-car a été pris en photo alors
qu’il roulait à 79 km/h dans le tunnel. Il sera
directement intercepté à la sortie du tunnel
et convié à payer une amende de 90 euros. Pour
un excès de vitesse de moins de 20 km/h, l’amende
s’élève à 135 euros, ramenée
à 90 euros si elle est payée dans les trois
jours ; en outre, le conducteur perd un point sur son permis.
Cette interception du contrevenant sur-le-champ permet de
garantir le paiement de l’amende, même si le contrevenant
est étranger. Ce procédé ne sera pas
mis en pratique dans la chaîne nationale du contrôle-sanction
automatisé puisque l’avis de contravention sera
envoyé par courrier au contrevenant. Depuis que ces
cabines sont installées, la limitation de vitesse est
respectée et le nombre d’accidents a chuté.
Les forces de l’ordre relèvent à peine
1 % d’infractions à la vitesse sur la totalité
du trafic ! Preuve que l’aspect préventif du
système – qui est annoncé en amont aux
automobilistes – est efficace. Par la suite, il est
prévu d’installer des cabines mesurant le respect
des interdistances dans le tunnel du Fréjus. Le coût
d’une cabine fixe varie entre 80 000 et 100 000 euros
environ. Le financement initial sera assuré par l’État
; puis le produit des amendes sera affecté à
la sécurité routière, et notamment au
financement des dispositifs, à l’instar de ce
qui se fait en Grande-Bretagne.
Des appareils de contrôle mobiles
Outre ces appareils de contrôle fixes, les forces de
l’ordre peuvent aussi disposer de systèmes mobiles,
embarqués dans des véhicules banalisés.
La
gendarmerie de la Savoie en possède un depuis décembre
2002. Cette Renault Mégane break gris métallisé
ressemble à toutes les autres voitures. À une
exception près : un flash d’appareil photo est
incrusté dans la carrosserie, à l’arrière…
Dans le coffre est logé un appareil photo numérique
couplé avec un cinémomètre. Alors que
le véhicule banalisé est stationné le
long de la route, l’appareil photographie tous les véhicules
qui dépassent la vitesse à laquelle est réglé
le cinémomètre.
Entre les sièges du conducteur et du passager se trouve
une "dalle tactile" qui affiche les photos prises.
Aujourd’hui, après l’opération de
contrôle, la disquette contenant les prises de vue numériques
est confiée à la station de lecture de la gendarmerie,
où un agent contrôle les photos et interroge
le fichier national des immatriculations. Dès qu’il
dispose des coordonnées du propriétaire du véhicule,
il met en forme le procès-verbal et l’imprime.
La contravention est donc adressée au propriétaire
du véhicule dans les 48 heures qui suivent –
contre trois semaines voire deux mois auparavant, le temps
de développement des photos argentiques étant
beaucoup plus long…
"Grâce à ce système, nous pouvons
traiter jusqu’à 560 photos par jour, soit 2,5
fois plus qu’avec un appareil photo argentique ! Ce
qui correspond, sur une année, à 2 400 heures
de travail gagnées à la brigade motorisée
de Chambéry, précise le lieutenant-colonel Cailloz,
commandant le groupement
de gendarmerie départementale de la Savoie. Le
temps libéré peut être consacré
à d’autres contrôles sur le terrain."
Demain, l’opérateur qui aura procédé
au contrôle de la vitesse n’aura plus qu’à
transmettre, en fin de service, les données enregistrées
sur la disquette au centre national de traitement. Ce seront
encore de nombreuses heures économisées qui
pourront être mises à profit pour conduire d’autres
missions de sécurité routière. Coût
de ces appareils : environ 60 000 euros.
- Un système entièrement
automatisé
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Comme l’a précisé Rémy
Heitz, délégué interministériel
à la Sécurité routière, dans la
chaîne de contrôle-sanction automatisé
telle qu’elle sera mise en place à l’automne,
le traitement sera centralisé. La lecture des plaques
minéralogiques et la consultation du fichier des immatriculations
seront traitées de manière automatique dans
un centre national. Ce sera en effet la spécificité
du système français : la France fait le pari
du numérique et d’une automatisation globale
du système. Il ne nécessitera qu’une surveillance
de l’agent qui interroge le fichier national des immatriculations
et de celui qui lit l’infraction, la constate et appose
sa signature sur l’avis de contravention. "Le contrôle-sanction
automatisé sera un outil essentiel de sécurité
routière, a conclu le délégué.
Il ne servira pas à remplir les caisses de l’État.
Chaque appareil sera placé dans un lieu accidentogène.
Notre volonté : mettre fin au système du "pas
vu pas pris"."
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